Utilisation appropriée des antipsychotiques


Résident et soignant

Au Canada, plus de 419 000 personnes de 65 ans et plus ont reçu un diagnostic de démence, avec 78 000 nouveaux cas recensés chaque année dans ce groupe d’âge1. En répondant aux besoins des personnes atteintes de démence près de leur milieu de vie, il est possible d’améliorer leurs expériences de soin et leur qualité de vie ainsi que l’expérience de leurs familles et de leurs partenaires et prestataires de soins.

Les médecins prescrivent souvent des antipsychotiques pour atténuer les comportements réactifs courants chez les patients atteints de démence, comme l’agitation et les réactions physiques ou verbales. Cependant, on manque de données probantes pour attester leur efficacité, et ils comportent un risque d’effets secondaires importants : confusion, étourdissements, accidents vasculaires cérébraux, et même décès.

L’utilisation appropriée des antipsychotiques (UAA) est une approche de soins centrés sur les patients2 qui invite les personnes atteintes de démence, leurs proches, leurs partenaires de soins et le personnel des établissements de soins de longue durée à comprendre les causes des comportements ainsi que les problèmes sous-jacents, comme la douleur, et à trouver des moyens de répondre aux besoins non comblés de chaque patient en fonction de ses antécédents. Les résidents gagnent à voir leur prise de médicaments évaluée et réduite ou arrêtée adéquatement si elle n’est plus nécessaire, car cela atténue le risque d’effets négatifs sur la santé. Cette façon de faire améliore également leurs expériences de soin et leur qualité de vie, et facilite la vie de leurs familles, de leurs partenaires de soins et du personnel.

L’UAA trouve ses racines dans le programme FORCES de formation pour cadres de la Fondation canadienne pour l’amélioration des services de santé. Cynthia Sinclair et Joe Puchniak, deux cadres de l’Office régional de la santé de Winnipeg, ont mis au point une initiative visant à déterminer quels résidents en soins de longue durée pourraient bénéficier d’un traitement non pharmaceutique pour atténuer leurs comportements réactifs liés à la démence. La prise de médicaments antipsychotiques a ainsi pu être interrompue chez 27 % des résidents d’une cohorte sans que soit constatée la moindre augmentation des symptômes comportementaux. L’initiative a également permis d’améliorer l’expérience de soins et la qualité de vie des participants, et de faire des économies de 400 000 $ en six mois dans l’ensemble de la région.

La FCASS a travaillé avec les créateurs de cette approche innovante afin de mettre sur pied, entre 2014 et 2015, un projet collaboratif pancanadien visant à mettre en place l’UAA dans 56 établissements de soins de longue durée. Grâce au déploiement du programme au Québec, au Nouveau-Brunswick, à Terre-Neuve-et-Labrador et à l’Île-du-Prince-Édouard, la FCASS a aidé plus de 300 établissements de soins de longue durée à offrir des soins de la démence axés sur les patients et à réduire l’utilisation potentiellement inappropriée d’antipsychotiques.

La FCASS s’est depuis associée à la Vancouver Island Health Authority pour diffuser l’UAA dans 56 établissements de soins de longue durée en Colombie-Britannique en 2020. Elle collabore également avec Santé Î.-P.-É. pour soutenir la diffusion de l’UAA dans différents établissements privés de soins de longue durée.

L’utilisation appropriée des antipsychotiques : un plus pour les services de santé au Canada

Les équipes qui ont participé au projet collaboratif d’UAA de la FCASS ont observé que le taux d’utilisation des antipsychotiques a généralement pu être réduit de moitié. Dans les meilleurs cas, des membres de la famille ont constaté que leurs proches semblaient redevenir eux-mêmes : ils interagissaient plus et participaient davantage aux activités quotidiennes. Les expériences de soin et la qualité de vie se sont améliorées, alors que le risque d’effets négatifs sur la santé a diminué.

Grâce à des projets collaboratifs comme l’UAA, le taux d’utilisation potentiellement inappropriée d’antipsychotiques est en baisse au Canada. En 2013-2014, environ un résident d’établissement de soins de longue durée sur trois n’ayant pas de diagnostic de psychose prenait des antipsychotiques sur ordonnance. En 2017-2018, cette proportion est passée à un sur cinq4.

Au sein des établissements participants, les équipes sont formées sur l’utilisation des données dans la planification des soins, l’examen régulier des médicaments, la collaboration au sein d’une équipe multidisciplinaire, la mobilisation des familles et des partenaires de soins et la mise en œuvre d’approches de soins de la démence centrées sur la personne.

Certains intervenants ont indiqué qu’une réduction appropriée des antipsychotiques a allégé la charge de travail du personnel, car certains résidents avaient gagné en autonomie pour manger et se déplacer. L’obtention de résultats aussi positifs pourrait inspirer un changement de culture dans de nombreux établissements, alors que le personnel en vient à considérer le recours aux antipsychotiques comme une solution de dernier recours à court terme pour la gestion des comportements réactifs comme la violence physique.

L’approche

L’utilisation appropriée des antipsychotiques (UAA) est une approche de soins centrés sur les patients où les personnes atteintes de démence et vivant dans un établissement de soins de longue durée, leurs proches, leurs partenaires de soins et leurs soignants cherchent à comprendre les causes sous-jacentes des comportements et à réévaluer la pertinence de l’utilisation d’antipsychotiques en l’absence d’un diagnostic de psychose. Les échanges sur les antécédents et les préférences des résidents permettent la création de plans de soins personnalisés, qui comprennent souvent des activités riches de sens et agréables pour les résidents, comme la zoothérapie ou la musicothérapie, et si possible l’adaptation de la routine du patient selon ses préférences, par exemple pour l’horaire du bain.

Infographie UAA 

Sont ici présentées les composantes de l’UAA : appliquer les lignes directrices sur la déprescription; recueillir des données et en faire le suivi; effectuer l’examen des médicaments; adopter des approches de soins axées sur la personne; mobiliser les divers professionnels de la santé et les familles.

La FCASS a développé avec les provinces une série de 11 modules en ligne qui sont utilisés pour former le personnel aux approches de soins centrées sur la personne. Elle propose également de l’encadrement, des formations ainsi que des activités de réseautage en appui à la diffusion de l’UAA et contribue au financement de démarrage des organisations participantes.

Avec ses partenaires, la FCASS a mis au point et sélectionné des ressources et des outils destinés à la population et aux organisations, dans le but d’expliquer le fonctionnement des antipsychotiques, susciter des discussions sur leur utilisation appropriée et encourager l’amélioration à long terme des approches de soins axées sur les patients.

Chronologie

  • 2014-2015

    Projet collaboratif UAA pancanadien
  • 2016

    Projet collaboratif Utilisation appropriée des antipsychotiques au Nouveau-Brunswick (NB-UAA)
  • 2017

    Optimiser les pratiques, les usages, les soins et les services – Antipsychotiques (OPUS-AP)
  • 2018

    Projet collaboratif de diffusion sur l’utilisation appropriée des antipsychotiques de Terre-Neuve, de l’Île-du-Prince-Édouard et de l’initiative Leap
  • 2020

    Maintien des partenariats et des encadrements pour échanger sur les politiques des systèmes de santé, identifier les leviers de changement et être les moteurs des améliorations

Les projets collaboratifs

Conversations sur l’amélioration

OPUS-AP, un levier puissant pour améliorer la qualité de vie en CHSLD
Lire la suite >

Communiqués

Nouveaux Résultats : un programme novateur améliore la vie des personnes âgées atteintes de démence à Terre-Neuve-et-Labrador et à l’Île-du-Prince-Édouard
Lire la suite >

Outil / Ressource

L'Outil de déprescription des antipsychotiques
Lire la suite >

1 Agence de la santé publique du Canada. Une stratégie sur la démence pour le Canada : Ensemble, nous y aspirons, 2019. Sur Internet : https://www.canada.ca/content/dam/phac-aspc/images/services/publications/diseases-conditions/dementia-strategy/National%20Dementia%20Strategy_FRE.pdf 

2 Dans ce contexte, l’approche axée sur les patients est une façon de penser et d’améliorer les soins selon laquelle les utilisateurs des services de santé participent également à la planification, à l’élaboration et au suivi des soins pour les adapter à leurs besoins.

3 Institut canadien d’information sur la santé (ICIS). 2016 Utilisation d’antipsychotiques chez les personnes âgées résidant dans les établissements de soins de longue durée, 2014, 2016, Ottawa (Ontario). Sur Internet : https://secure.cihi.ca/free_products/LTC_AiB_v2_19_FR_web.pdf 

4 Institut canadien d’information sur la santé (ICIS). « Utilisation potentiellement inappropriée d’antipsychotiques en soins de longue durée ». Sur Internet : https://votresystemedesante.icis.ca/hsp/inbrief?lang=fr#!/indicateurs/008/potentially-inappropriate-use-of-antipsychotique-in-long-term-care/;mapC1;mapLevel2;/