What if FR

Qu’arriverait-il... si on mettait en oeuvre des stratégies d’intéressement collectif qui favorisaient l’alignement des incitatifs des médecins sur les priorités des hôpitaux et des responsables de politiques?

Pierre-Thomas Léger, HEC Montréal

L’option stratégique présentée ici a été choisie pour alimenter les discussions, mais il ne s’agit que d’une des nombreuses solutions analysées par l’auteur du rapport « Mécanismes de rémunération des médecins – Aperçu et options pour le Canada »

Sommaire

Au sujet de l'orateur

Pierre-Thomas Léger est professeur agrégé en économie de la santé à l’Institut d’économie appliquée à HEC (École des hautes études commerciales) de Montréal. Il est membre du Centre interuniversitaire sur le risque, les politiques économiques et l’emploi (CIRPÉE) et du Centre interuniversitaire de recherche et d’analyse des organisations (CIRANO), ainsi que chercheur associé au Centre pour la recherche économique et ses applications (CEPREMAP) en France. Il a également été chercheur invité à l’École d’économie de Paris en 2006-2007. Il détient un baccalauréat en économie et en sciences politiques de l’Université d’Ottawa et a reçu sa maîtrise ainsi que son doctorat en économie de l’Université de Western Ontario.

Préoccupation ou problème principal

Dans bon nombre de systèmes de santé, il revient au médecin de prendre des décisions relatives à l’utilisation de certains médicaments ou dispositifs, décisions qui influent à leur tour sur les coûts pris en charge par l’hôpital et le système. Le mécanisme de rémunération à l’acte constitue un incitatif financier qui pousse les médecins à encourager la surconsommation des soins, puisque plus leurs patients utilisent les services, plus est élevé leur revenu. En outre, le système de rémunération à l’acte n’incite pas les médecins à tenir compte du coût des traitements et leur rémunération n’est pas associée aux résultats de santé des patients.

Solution proposée

Les programmes d’intéressement collectif permettent aux hôpitaux de verser des primes aux médecins en fonction des économies réalisées. Par conséquent, les médecins ont intérêt à tenir compte du coût des médicaments et des dispositifs qu’ils emploient pour traiter leurs patients.

Avantages

L’ajout de régimes d’intéressement collectif au mode actuel de paiement à l’acte (ou tout autre mécanisme de paiement) permettrait d’harmoniser les mesures incitatives offertes aux médecins avec celles des hôpitaux et des responsables de politiques. Cette stratégie pourrait influer sur le choix des médicaments et des dispositifs et inciter les médecins à se tourner vers des solutions moins coûteuses. Elle pourrait aussi encourager la normalisation des médicaments et des dispositifs utilisés par les médecins et permettre aux hôpitaux de profiter de tarifs dégressifs sur le volume d’achats et la part de marché.

Expériences ou progrès réalisés

Certains hôpitaux (ou groupes au sein des hôpitaux) aux États-Unis ont reçu l’autorisation de mettre en place des régimes d’intéressement collectif ou de participation aux gains. Dans le cadre de ces régimes (visant les cardiologues et les chirurgiens orthopédistes), les groupes de médecins partagent les primes découlant des économies réalisées (sur une base de référence historique) sur l’achat de divers médicaments et dispositifs. Selon les résultats préliminaires de Ketcham, Léger et Lucarelli (2010), les régimes d’intéressement collectif permettraient de réduire les coûts relatifs aux médicaments et aux dispositifs, économies attribuables en grande partie à la réduction des coûts unitaires (grâce à un pouvoir de négociation accru et aux rabais consentis pour le volume d’achats et la part de marché).

Difficultés et limites

Au Canada, il existe des obstacles réglementaires à l’instauration effective de tels régimes (les hôpitaux ne sont pas autorisés à verser des paiements directs aux médecins). Qui plus est, l’incidence des régimes d’intéressement collectif sur la qualité des soins et les résultats pour la santé patients est encore peu connue.

Matière à réflexion pour le Canada

Les responsables de politiques pourraient se pencher sur d’éventuels ajouts aux modes actuels – ou futurs – de rémunération des médecins, notamment l’instauration de régimes d’intéressement collectif qui comporteraient des mesures incitatives supplémentaires sur le plan du contrôle des coûts, selon l’importance relative qui lui est accordée ainsi que le cadre institutionnel et réglementaire. L’intéressement collectif, conjugué à la surveillance des médecins, pourrait grandement favoriser l’harmonisation des mesures incitatives offertes aux médecins avec celles des hôpitaux et des responsables de politiques afin d’assurer le contrôle des coûts et la qualité des soins.

Présentation

Disponibles en anglais seulement