Autorité sanitaire Eastern – La création d’une nouvelle culture est l’affaire du conseil d’administration

par admin admin | nov. 01, 2009
En devenant présidente du conseil d’administration de l’autorité sanitaire Eastern en 2005, Joan Dawe prenait les commandes d’un nouvel organisme gérant un budget de 1,2 milliard de dollars, issu de la fusion de sept autorités sanitaires de Terre-Neuve-et-Labrador. Comme pour la plupart des conseils d’administration présidés par Mme Dawe depuis 1975, les aspects financiers dominaient les discussions. Mme Dawe a toutefois décidé de faire de la sécurité des patients et de la qualité des soins LA priorité de l’organisme.

Messages principaux

Depuis un an, la sécurité des patients et la qualité des soins est LA priorité du conseil d'administration de l'autorité sanitaire Eastern, à Terre-Neuve-et-Labrador, et ce, en raison d'une redéfinition des priorités du conseil.

En 2007, le conseil d'administration a créé un comité chargé de la sécurité des patients; les administrateurs du conseil passent désormais au moins 25 p. 100 de leur temps à discuter des rapports sur la qualité et la sécurité des soins préparés par l'organisme.

Bien que la modification de la culture organisationnelle prenne un certain temps, l'organisme a, depuis deux ans, investi dans des outils et des ressources pour lui permettre de surveiller, d'analyser et de modifier les principaux aspects liés à la qualité et à la sécurité.

En 2005, Joan Dawe a été nommée présidente du conseil d’administration de l’autorité sanitaire Eastern. Elle prenait ainsi les commandes d’un nouvel organisme gérant un budget de 1,2 milliard de dollars, issu de la fusion de sept autorités sanitaires de Terre-Neuve-et-Labrador. Chaque entité avait alors sa culture et son mode de gouvernance propres et, comme pour la plupart des conseils d’administration présidés par Mme Dawe depuis 1975, les aspects financiers dominaient les discussions.

L’organisme a toutefois décidé de rompre avec la tradition et de prendre une autre direction, en choisissant de mettre l’accent sur la sécurité des patients et la qualité des soins tout en assumant ses responsabilités financières. « Pour ma part, je crois que c’est le rôle du conseil d’administration », souligne Joan Dawe, ancienne sous-ministre du ministère de la Santé, des Services communautaires et des Services sociaux, et présidente du conseil d’administration de l’organisme jusqu’en 2009.

Son engagement à l’égard de la sécurité et la qualité des soins a été renforcé au congrès de l’Institut canadien pour la sécurité des patients tenu en 2006 à Halifax. On lui a alors demandé de réunir les administrateurs et les présidents des conseils d’administration des organismes de santé du Canada atlantique afin de connaître le nombre d’organismes dotés d’un comité chargé de la sécurité des patients. Or, peu d’entre eux ont un comité du genre au sein de leur conseil d’administration; dans la plupart des organismes, c’est au personnel clinique qu’étaient confiées la plupart des activités liées à la sécurité des patients.

De retour de St. John’s, Mme Dawe était résolue à faire de l’organisme l’un des premiers à adopter une approche de gestion descendante. « Je crois qu’il nous incombe de garantir des services de santé de qualité dans un environnement sécuritaire. C’est à la table du conseil que tout commence. Les administrateurs doivent favoriser la création d’une culture de la qualité et de la sécurité », indique-t-elle.

Nouvelle structure, nouvelle approche

Vous devez constamment décortiquer les modes de fonctionnement de votre organisme, sinon vous n'opérerez jamais les changements requis.

Dès le départ, le conseil savait qu’il devait repenser ses principes généraux de gouvernance. En 2007, il a opté pour une nouvelle structure fondée sur le modèle de gouvernance de Carver, du nom de John Carver, consultant américain et auteur de Reinventing Your Board. L’organisme a modifié le modèle afin d’inclure trois comités – l’un d’eux s’assurant que l’organisme respecte les politiques adoptées par le conseil d’administration touchant précisément la sécurité des patients et la qualité des soins.

Selon Wayne Miller, vice-président à la planification, à la qualité et à la recherche de l’organisme, « Souvent, le PDG oriente les discussions du conseil. L’approche de gouvernance comme celle de Carver fait en sorte que les activités du conseil sont plutôt dictées par les questions soulevées par les administrateurs, qui doivent être étudiés périodiquement. Ainsi, le conseil élabore des rapports détaillés et d’une grande utilité ».

Conséquence de ces changements, la qualité des soins et la sécurité des patients constituent, depuis un an, LA priorité du conseil. Les administrateurs passent au moins 25 p. 100 de leur temps à discuter des rapports sur la qualité et la sécurité, ajoute Mme Dawe. En outre, la qualité et la sécurité sont les principaux piliers du plan stratégique de l’organisme.

Le modèle de gouvernance de Carver « aide à maintenir une saine tension entre le conseil d’administration et l’organisme », fait remarquer M. Miller. « Vous devez constamment décortiquer les modes de fonctionnement de votre organisme, sinon vous n’opérerez jamais les changements requis. »

Leçons apprises

Pour continuer de se concentrer sur la sécurité des patients et aider l’organisme à respecter la législation provinciale, tout en insistant sur la transparence et l’obligation de rendre compte, le conseil d’administration s’affaire présentement à la mise en œuvre d’un système informatisé de déclaration des événements indésirables. Ainsi, chaque fois que se produit un effet indésirable, les directeurs reçoivent automatiquement un courriel auquel ils sont tenus de répondre. M. Miller souligne que le nouveau processus donne déjà des résultats. « Dans certains secteurs qui utilisent le nouveau système, nous constatons une augmentation du nombre d’événements indésirables déclarés. L’organisme peut donc surveiller plus facilement la situation et suivre les tendances ».

« Ce qui importe le plus dans la prise en charge des événements indésirables, c’est de s’assurer que les mesures correctives sont prises pour éviter la répétition de ces événements. Pour ce faire, l’organisme devra peut-être se pencher sur des questions systémiques ou de responsabilités individuelles. En d’autres mots, les événements indésirables ne doivent pas toujours être attribués à un "problème systémique" », précise Mme Dawe.

La nouvelle méthode de déclaration des événements indésirables adoptée par l’organisme donnait suite, en partie, aux recommandations de la commission d’enquête sur le dosage des récepteurs hormonaux. Cette enquête, présidée par l’honorable Margaret Cameron, faisait état, en mars 2009, de tests de laboratoire erronés qui ont engendré des erreurs de diagnostic chez des centaines de patientes de la province atteintes du cancer du sein. De cette expérience, M. Miller indique que l’organisme a « beaucoup appris » sur la façon d’améliorer la prise en charge de situations aussi sérieuses.

La désignation officielle d’un responsable chargé de faire rapport des problèmes liés à la sécurité et à la qualité, ainsi que d’y répondre, a modifié la culture organisationnelle. M. Miller et Mme Dawe reconnaissent le défi associé à la modification de la culture de la qualité et de la sécurité d’un nouvel organisme découlant de la fusion de sept organismes. La redéfinition du rôle du conseil en matière de qualité et de sécurité a forcé les cadres supérieurs à modifier leur façon de percevoir le conseil. Ce dernier se sent de plus en plus confiant de remettre en question l’information obtenue et le moment où il la reçoit », ajoute-t-il.

Toutefois, l’organisme n’est toujours pas arrivé à déterminer les indicateurs de qualité et de sécurité à présenter aux membres du conseil d’administration. Elle note toutefois une nouvelle relation avec le personnel médical, des investissements dans le système informatisé de déclaration des événements indésirables, un sondage provincial sur la satisfaction des clients, des améliorations dans les priorités de la campagne Soins de santé plus sécuritaires – maintenant! et une augmentation des employés qui sont informés sur la façon d’améliorer la sécurité et les soins.

Mme Dawe espère que le conseil invitera dorénavant un plus grand nombre de représentants des patients et des familles de patients à prendre part à des initiatives portant sur la sécurité des patients et la qualité des soins. Pour le moment, elle est ravie de l’orientation choisie. « Le programme de qualité et de sécurité est l’affaire du conseil d’administration », souligne-t-elle.

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