Les infirmières praticiennes et les médecins travaillent ensemble pour améliorer les soins au patient prodigués par l’autorité sanitaire de la région Interior

par admin admin | févr. 01, 2009
Des infirmières praticiennes et des médecins peuvent-ils travailler ensemble dans une pratique traditionnelle fondée sur la rémunération à l’acte? Le personnel de l’établissement en est certain, lui qui est en train de mettre en place un projet pilote réunissant des infirmières praticiennes embauchées à salaire par l’autorité et des médecins dans une pratique de groupe fondée sur la rémunération à l’acte.

Messages principaux

L’autorité sanitaire Interior, en Colombie- Britannique, pilote un modèle de prestation de soins primaires en collaboration, réunissant des infirmières praticiennes embauchées à salaire par l’autorité et des médecins dans une pratique de groupe fondée sur la rémunération à l’acte.

Pour réussir la mise en oeuvre de ce modèle, il faut clarifier les rôles, examiner les questions de financement avec les médecins, et gérer le changement de façon efficace.

Ce modèle collaboratif a eu une incidence positive importante sur la prestation de soins primaires axés sur le patient dans la région, de même que sur la satisfaction des patients, des médecins et des infirmières praticiennes. Après quatre ans, le taux de rétention des infirmières praticiennes est de 100 p. 100.

Lorsqu’est venu le moment d’intégrer les infirmières praticiennes au système de santé de la Colombie- Britannique, Linda Sawchenko a décelé tout de suite une autre possibilité : une façon d’améliorer grandement les soins primaires dans la province, tout en abordant les préoccupations de longue date des médecins concernant leurs pertes possibles de revenu.

En 2005, le gouvernement de la Colombie-Britannique a adopté une réglementation, accompagnée de fonds dédiés, visant à intégrer les infirmières praticiennes au système de santé de la province. Certaines collectivités faisaient face à des lacunes en matière de soins primaires – il fallait procéder d’urgence à des changements pour améliorer la situation. Tant Mme Sawchenko, chef de la pratique régionale à l’autorité sanitaire Interior, que Tom Fulton, chef de la pratique professionnelle, Amélioration des soins infirmiers et de la qualité, ont reconnu l’opportunité de miser sur les infirmières praticiennes.

Il fallait d’abord décider dans quel contexte les infirmières praticiennes seraient le plus à même de répondre aux besoins de la population en matière de soins primaires, et les pratiques de médecins de premier recours semblaient les plus appropriées. Il fut toutefois très difficile d’embaucher des infirmières praticiennes pour travailler dans cet environnement. « Le problème tenait au fait que les soins primaires étaient principalement assurés par des médecins rémunérés à l’acte », explique Linda Sawchenko. « Mais les infirmières praticiennes étaient des employées salariées. Nous avions deux systèmes non harmonisés fonctionnant en parallèle. »

Mme Sawchenko a vite compris que la première étape serait un pas de géant : combler l’écart entre les médecins rémunérés à l’acte et les infirmières praticiennes embauchées à salaire par l’autorité sanitaire. Elle a d’abord étudié les divers comptes rendus de recherche portant notamment sur les obstacles et les leviers de l’intégration des infirmières praticiennes. En fonction de ces données probantes, et en se fondant sur un cadre de pratiques exemplaires, Mme Sawchenko a conçu le modèle de soins primaires en collaboration pour l’autorité sanitaire Interior, selon lequel des infirmières praticiennes salariées travaillent en collaboration avec des médecins dans une pratique de groupe fondée sur la rémunération à l’acte. Le modèle fait actuellement l’objet d’un pilote dans trois cliniques rurales : deux dans la collectivité de Trail et une troisième à Castlegar. Il a récemment été étendu à un grand secteur urbain de Kelowna.

Dissiper les inquiétudes

La crainte des médecins concernant une perte éventuelle de revenu advenant l’intégration des infirmières praticiennes dans un modèle de rémunération à l’acte constituait un obstacle majeur. Linda Sawchenko et ses collègues ont abordé de front la question du financement avec les médecins et ont indiqué clairement que le projet ne devait en principe rien leur coûter. De fait, pour en assurer le succès, l’autorité sanitaire a fourni aux médecins un budget des coûts indirects de fonctionnement pour compenser les coûts réels de l’intégration des infirmières praticiennes à leurs pratiques, une solution « qui a très bien fonctionné », selon Mme Sawchenko.

J'ai trouvé beaucoup de plaisir dans ma carrière d'infirmière, du fait de pouvoir collaborer avec des gens chaque jour pour offrir des soins.

La création d’une communauté de pratique professionnelle pour les infirmières praticiennes a également eu de bons résultats. Linda Sawchenko a également déterminé que les infirmières praticiennes avaient besoin de se sentir connectées et soutenues, plusieurs d’entre elles étant de nouvelles infirmières travaillant dans de nouveaux rôles, réparties sur un vaste territoire et manquant souvent de toute forme de mentorat dans leur environnement de travail. Cette communauté de pratique, maintenant bien établie, se réunit plusieurs fois par année, en personne ou au moyen d’outils électroniques.

Des avantages pour les trois parties

Comment vont les choses? Selon les commentaires recueillis auprès des patients et des fournisseurs de soins, les réactions sont en grande majorité positives. Après un an, le projet pilote consistant à intégrer des infirmières praticiennes salariées à la pratique de médecins rémunérés à l’acte a été fortement applaudi par les patients, les infirmières praticiennes et les médecins. Toutes les parties concernées apprécient le travail d’équipe et la façon dont la pratique des infirmières praticiennes complète celle des médecins. Ce modèle de soins permet aussi d’améliorer la satisfaction au travail, grâce au partage de la prise de décisions, des responsabilités et de la charge de travail.

Les infirmières praticiennes expriment quant à elles un haut degré de satisfaction; plusieurs disent que le modèle collaboratif de prestation de soins primaires est exactement ce qu’elles désiraient. Barbara Nielsen, infirmière praticienne à la clinique familiale Selkirk, raconte : « J’ai trouvé beaucoup de plaisir dans ma carrière d’infirmière, du fait de pouvoir collaborer avec des gens chaque jour pour offrir des soins. » Les chiffres sont éloquents : après quatre ans, le taux de rétention des infirmières praticiennes est de 100 p. 100, et Linda Sawchenko croit fermement que cela est dû en grande partie au modèle de pratique en collaboration.

Quant aux médecins, leur vie au travail s’est considérablement améliorée. Comme l’a noté l’un d’entre eux : « Ce modèle facilite la prestation de soins primaires et la rend plus viable ». Le Dr Marnie Jacobsen de la clinique de médecine familiale Selkirk ajoute : « La prestation de soins est assez complexe étant donné le vieillissement de la population, la complexité des soins aux patients et la multiplication des médicaments et des traitements. Il est difficile pour un médecin seul de faire face à cette complexité. Une solution viable dans un contexte de soins primaires consiste à intégrer les infirmières praticiennes au sein d’une équipe, en examinant aussi la possibilité d’ajouter d’autres professionnels de la santé. »

Pour les patients, le fait d’avoir accès à un médecin et à une infirmière praticienne représente le meilleur des deux mondes. Ils affirment bénéficier d’un meilleur accès aux services de santé et de soins mieux intégrés, et ils ont l’impression de faire partie de l’équipe de soins et de participer à la prise de décisions.

À la clinique de médecine familiale Selkirk, Barbara Nielsen déclare que les patients reçoivent les meilleurs soins complets qu’elle a vus en 30 ans de carrière. « Il s’agit d’un vrai partenariat entre le patient, l’infirmière praticienne et le médecin », explique-t-elle. Son rôle consiste notamment à répondre aux demandes du médecin concernant des visites à domicile urgentes chez des personnes âgées à risque. En apportant un soutien à ces personnes vulnérables dans la collectivité, elle fournit des soins axés sur le client et prévient des visites à l’urgence. Le Dr Blair Stanley, de la clinique de soins primaires de Waneta, assure que depuis l’arrivée de l’infirmière praticienne, les patients se rendent moins souvent à l’urgence, sont moins souvent admis à l’hôpital et bénéficient d’un meilleur accès aux services de santé – souvent le même jour ou le lendemain. La clinique a également accueilli 600 nouveaux clients.

Malgré des obstacles importants, l’autorité sanitaire Interior prouve qu’il est possible de réunir des infirmières praticiennes et des médecins de famille afin d’améliorer la prestation des soins primaires et de maintenir la population en santé. En fonction des résultats observés jusqu’à maintenant, l’autorité prévoit étendre le projet et procéder à une évaluation quantitative plus officielle.

Selon Linda Sawchenko, il est important, pour assurer une réussite continue, de s’attarder à la gestion du changement. Il ne s’agit pas de changer pour changer, dit-elle, mais plutôt de penser sérieusement à la façon d’introduire des changements et de les rendre durables. « Si nous ne faisons rien pour alimenter le changement, toutes nos réalisations pourraient être réduites à néant. »

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