La clinique du plancher pelvien de Calgary : pour donner aux femmes les moyens d’améliorer leur qualité de vie

par admin admin | févr. 01, 2009
Après avoir déterminé que les dysfonctions du plancher pelvien constituaient un problème en croissance, l’autorité sanitaire de Calgary devait trouver une solution novatrice – qui minimisait les coûts et maximisait les ressources. Au cours des dix dernières années, la clinique a mis pleinement à profit les compétences et les capacités des infirmières; de fait, plusieurs des patients traités à la clinique n’ont jamais vu de médecin.

Messages principaux

Les infirmières de pratique avancée jouent un rôle central à la clinique du plancher pelvien de Calgary, rôle qui comprend la prestation de soins complets, multidisciplinaires et axés sur le client aux femmes qui souffrent de dysfonctions du plancher pelvien.

Le modèle de soins de la clinique met pleinement à profit les compétences et les capacités du personnel infirmier. La démarche s’avère rentable : la plupart des patientes reçoivent les soins dont elles ont besoin d’infirmières.

Pour réduire les longues listes d’attente, la clinique du plancher pelvien offre une formation aux patientes dès leur première visite, ce qui réduit les temps d’attente et permet de recevoir un plus grand nombre de patientes recommandées.

La clinique du plancher pelvien de Calgary fut, pendant une courte période, victime de son succès.

Il y a environ 10 ans, l’autorité sanitaire de Calgary a déterminé que les dysfonctions du plancher pelvien constituaient un problème de santé important et en pleine croissance. Ces troubles, qui incluent l’incontinence, les prolapsus pelviens et les problèmes d’évacuation des selles, touchent au moins un tiers de la population féminine adulte. Dans le Sud de l’Alberta et le Sud-Est de la Colombie-Britannique, plus de 300 000 femmes ont été diagnostiquées d’une dysfonction du plancher pelvien.

En général, le traitement relève de diverses spécialités. Toutefois, la clinique du plancher pelvien – une initiative novatrice financée par l’autorité sanitaire de Calgary – aborde le traitement par une démarche holistique. La clinique réunit dans un même lieu l’expertise d’urogynécologues, de médecins de famille, d’infirmières en pratique avancée et de physiothérapeutes, entre autres, ce qui en fait une ressource unique et centrale pour les patients.

Un modèle de soins fondé sur la confiance et le respect

Les infirmières en pratique avancée jouent un rôle essentiel dans la prestation de soins axés sur le client à la clinique. « Le personnel infirmier joue un rôle très important et très stimulant », affirme Grace Neustaedter, une infirmière clinicienne spécialisée. Les infirmières pratiquent de façon indépendante et voient les patients de la clinique sur rendez-vous. Elles évaluent les patients, discutent des choix de traitement, et assurent les soins et le suivi. De plus, les infirmières mènent des séances d’éducation des patients, travaillent dans la salle d’urodynamique, participent à des projets de recherche, s’occupent du triage par téléphone et font du counselling.

Il est très valorisant pour les femmes de comprendre ce qui se passe et de se sentir appuyées. Elles peuvent ainsi seprendre en charge, procéder à des changements et voir les résultats.

Betty Weckman, infirmière à la clinique, aime cette philosophie axée sur le client selon laquelle l’infirmière soutient la patiente dans sa prise de décisions afin d’atteindre les meilleurs résultats possibles. « Cela signifie que j’ai un rôle à jouer pour fournir de l’information, soutenir la patiente – qui doit assimiler de nouveaux comportements et de nouvelles compétences – et défendre ses choix », dit-elle.

Mme Neustaedter croit que le modèle de prestation des soins de la clinique met pleinement à profit les compétences et les capacités des infirmières, ce qui est satisfaisant pour celles-ci et pour leurs patientes. Qui plus est, ajoute-t-elle, cela permet de réduire les coûts de la santé puisque plus de patientes sont traitées par des infirmières plutôt que par des médecins, dont les honoraires sont généralement plus élevés. Betty Weckman estime quant à elle que le fait que plusieurs patientes reçoivent des soins à la clinique sans jamais voir un médecin est assez unique. « Cela ne peut survenir que lorsque des collègues se font confiance et qu’ils respectent et soutiennent les rôles de chacun. »

Le savoir est source de pouvoir

Les dysfonctions du plancher pelvien peuvent avoir des répercussions importantes, telles que l’isolation sociale, l’inhibition sexuelle, des restrictions en matière d’emploi et une incapacité à faire suffisamment d’exercice. De nombreuses femmes acceptent ces problèmes comme une fatalité, ou sont trop embarrassées pour chercher de l’aide. Selon la Dre Magali Robert, urogynécologue et directrice médicale de la clinique, les dysfonctions du plancher pelvien peuvent être guéries ou gérées efficacement chez plus de 90 p. 100 des femmes.

La sensibilisation et les connaissances sont essentielles. Ainsi, l’un des principaux rôles du personnel infirmier de la clinique consiste à éduquer les patientes. Mme Neustaedter donne des cours sur les dysfonctions du plancher pelvien depuis l’ouverture de la clinique, en 2002. Les médecins ont aussitôt remarqué les bienfaits de cette initiative. Les femmes qui avaient reçu la formation avaient une connaissance de base de leur condition et des traitements possibles, elles utilisaient des techniques comportementales pour réduire leurs symptômes, et elles étaient en mesure de prendre des décisions éclairées concernant leur traitement.

Des stratégies pour répondre à la demande croissante

L’un des défis associés à la création de quelque chose de nouveau, de novateur et de recherché concerne le fait que la demande peut rapidement dépasser la capacité. Dès 2008, le nombre de patientes recommandées à la clinique avait substantiellement augmenté; plusieurs femmes attendaient de 8 à 12 mois pour voir un médecin ou de 6 à 8 mois pour obtenir une évaluation d’une infirmière. La clinique a étendu ses activités en 2004 mais, par manque de fonds, a été incapable de continuer à embaucher du personnel supplémentaire pour répondre à la demande croissante.

En septembre 2008, la clinique a décidé de revoir la conception du traitement des patientes : les nouvelles patientes suivent la formation dès leur première visite. Un atelier de deux heures et demies est donné deux fois par semaine par des infirmières de la clinique. L’objectif est d’aider les participantes à comprendre les dysfonctions du plancher pelvien et les traitements possibles, et de leur permettre de procéder à des changements de leur style de vie afin de maîtriser le plus possible le plancher pelvien et d’améliorer leur confort. Après avoir suivi l’atelier, les femmes peuvent choisir parmi quatre possibilités de traitement : 1) la chirurgie; 2) le port d’un pessaire; 3) une évaluation par un médecin ou une infirmière de la clinique; ou 4) des changements comportementaux accompagnés d’un suivi après six semaines.

Grace Neustaedter déclare que le fait de donner la formation en classe dès la première visite à la clinique a grandement amélioré l’efficacité globale de la clinique. Après six mois d’utilisation de cette méthode de traitement des patientes, les résultats d’une évaluation ont montré une diminution énorme des temps d’attente pour obtenir un premier rendez-vous. Il est intéressant de noter que le traitement privilégié par 19 p. 100 des femmes consiste à procéder à des changements comportementaux et à obtenir un suivi six mois plus tard. « Nous avons été surpris de constater le grand nombre de femmes qui préfèrent attendre et tenter de résoudre le problème d’elles-mêmes », raconte Mme Neustaedter. Cela témoigne, selon elle, du haut degré de choix et d’autonomie que la clinique accorde aux patientes.

Les évaluations faites par les clientes des ateliers données par les infirmières ont été extrêmement positives. Selon un sondage, 96 p. 100 des femmes ayant participé à l’atelier l’ont trouvé bénéfique et instructif. « Plusieurs femmes que nous recevons expriment leur gratitude de pouvoir être traitées à la clinique, déclare Betty Weckman. « Elles racontent souvent à quel point leurs nouvelles connaissances et leur traitement ont aidé à améliorer leur qualité de vie, leur ont permis de reprendre certaines activités et ont amélioré leur confort. » En outre, 17 p. 100 des femmes ont reçu suffisamment d’information, d’éducation et de nouvelles compétences pour n’avoir besoin d’aucun autre rendez-vous ou traitement après la visite de suivi. Elles ont choisi de modifier leur style de vie et ont noté une diminution de leurs symptômes.

Mme Neustaedter déclare que le personnel infirmier de la clinique ressent une énorme satisfaction du fait de pouvoir aider les femmes à mieux comprendre leurs problèmes et à prendre en charge leur traitement. La nouvelle formule de traitement des patientes adoptée par la clinique permet non seulement de réduire les temps d’attente, elle renforce également l’autonomie des femmes. « Il est très valorisant pour les femmes de comprendre ce qui se passe et de se sentir appuyées », dit-elle. « Elles peuvent ainsi se prendre en charge, procéder à des changements et voir les résultats. »

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