Les soins de la démence centrés sur la personne permettent à une Terre-Neuvienne de sortir du brouillard

Donna Clothier, une perfectionniste, a travaillé dur toute sa vie. Elle connaissait presque tout le monde dans la collectivité de Codroy Valley, dans l’ouest de Terre-Neuve, où elle a occupé les postes de technicienne en radiologie, de téléphoniste et de maîtresse de poste.

« Elle a élevé nos deux filles, elle a travaillé dur, elle a jardiné, elle a manié la pelle et elle a veillé à ce que tout aille bien, raconte David Clothier, qui l’a épousée il y a 52 ans. Donna ne reculait devant rien. »

En 2012, le monde bien ordonné de Donna et de David s’est mis à changer, Donna montrant des signes de démence. « Les médecins m’ont dit que je devrais lui trouver une résidence, mais je m’y refusais, se souvient David. Je voulais qu’elle reste à la maison aussi longtemps que possible. » Au début de 2018, devant le comportement réactif de Donna, David s’est senti si inquiet qu’il s’est mis à craindre pour la sécurité de sa femme. Donna a alors été admise dans un établissement de soins de courte durée où on lui a prescrit des antipsychotiques en raison de son comportement réactif. Elle a ensuite été transférée dans l’établissement de soins de longue durée Bay St. George où elle a été intégrée au programme d’UAA.

Le terme « comportement réactif » fait référence aux actions, mots et gestes d’une personne atteinte de démence utilisés en réponse à son environnement personnel, social ou physique, ou comme moyen d’expression par rapport à ces éléments . Ces comportements comprennent l’agitation et les réactions verbales ou physiques intenses, possiblement en réponse à la douleur.

En septembre 2018, on a évalué Donna, on lui a prescrit des antipsychotiques et on l’a déménagée dans une unité de soins de protection du centre de soins de longue durée Bay St. George de Stephenville Crossing. Mais elle n’était pas heureuse dans son nouveau foyer. Le personnel a remarqué des comportements réactifs physiques et verbaux et a, en conséquence, augmenté la dose d’antipsychotiques.

« À ce stade, nous devions envoyer quatre membres du personnel dans sa chambre pour ses soins quotidiens, explique Kathleen McCourt, coordonnatrice des soins aux résidents de Bay St. George. Ses comportements réactifs mettaient sa sécurité et celle du personnel à risque. »

David explique que Donna vivait dans le brouillard en raison de l’augmentation de la dose. « Elle semblait en transe. Elle ne me reconnaissait plus et n’interagissait plus avec personne. »

En juin 2018, Bay St. George est devenu l’un des 39 établissements de soins de longue durée de la province à prendre part au projet Utilisation appropriée des antipsychotiques (UAA), une collaboration de 18 mois entre la FCASS et le gouvernement de Terre-Neuve-et-Labrador. Le but était d’améliorer les soins de la démence en réduisant l’utilisation inappropriée d’antipsychotiques et les risques connexes, comme l’aggravation du fonctionnement cognitif, la confusion, les étourdissements, la somnolence, les accidents vasculaires cérébraux et le risque de chute accru.

Mme McCourt déclare qu’à Bay St. George, on a déterminé que six résidents pourraient profiter d’une réduction de la dose. Le centre, après avoir participé à une téléconférence dirigée par la FCASS et après le grand lancement de la campagne dans la région, a commencé à former son personnel au sujet de l’UAA.

« Nous avons formé le personnel sur les causes des comportements réactifs des résidents afin de créer un système nous permettant de les gérer », rapporte Mme McCourt. Le personnel a appris à se servir d’un outil d’observation de la démence élaboré par la FCASS qui fait le suivi des comportements d’un résident 24 heures sur 24 pendant une semaine afin d’en déterminer les modèles. Le système d’entrées numériques et codées par couleurs de l’outil permet de détecter des déclencheurs précis et de déterminer les périodes où les stratégies de soins sont les plus utiles.

« Il se peut qu’une personne n’aime pas qu’on la lave à huit heures. Ou peut-être qu’elle n’a pas envie de parler au moment où on lui pose une question. Peut-être qu’elle ne veut pas manger un certain aliment ou qu’elle a l’habitude d’écouter la radio avant de s’endormir, indique Mme McCourt. Nous devons aller à la source du comportement réactif et voir si nous pouvons travailler à ce niveau avant de nous tourner vers les médicaments. »

L’objectif de Bay St. George était de réduire la dose d’antipsychotique des résidents de 25 % toutes les trois semaines si aucun problème n’était soulevé à l’examen du dossier ou lors de la discussion avec l’équipe. Lorsqu’ils ont réduit la dose de Donna, les membres de l’équipe ont remarqué qu’elle était plus mobile et qu’elle pouvait se déplacer dans l’unité d’un pas stable et en toute sécurité. Le personnel s’est aperçu qu’elle répondait mieux lorsque ses soins étaient administrés par un ou deux employés seulement, et que la présence de trop nombreuses personnes était peut-être la cause de son comportement réactif.

Au fur et à mesure que Donna devenait plus alerte, elle était en mesure de se nourrir et répondait bien à l’aide du personnel lorsqu’elle en avait besoin.

« La réduction de la dose de Donna est un succès. Elle ne mord plus, ne frappe plus le personnel, ne refuse plus l’aide qui lui est offerte pour son hygiène personnelle et ne refuse plus de manger. Grâce à une approche axée sur le patient, le personnel a pu élaborer un plan de soin adapté à cette résidente avec l’aide d’un coordonnateur de soins », a souligné Mme McCourt.

« Après la diminution de sa dose, Donna s’est levée et s’est mise à se promener. Nous la laissons faire, c’est sécuritaire, rapporteMme McCourt. Elle peut se nourrir seule maintenant. Et elle s’exprime plus quand son mari est là. » Donna mange davantage et reprend du poids. Elle est plus réceptive au personnel qui s’occupe de ses soins quotidiens et a moins de problèmes avec les résidents qu’elle n’en avait lorsqu’elle présentait des comportements réactifs.

Mme McCourt mentionne que Bay St. George a adopté l’approche UAA, et que les médecins collaborent avec l’équipe pour explorer les approches de soins non pharmacologiques pour faciliter la prise en charge de ces comportements.

David est encouragé par les résultats. « Le brouillard de Donna s’est dissipé depuis que ses antipsychotiques ont été réduits. Elle sait maintenant qu’elle me connaît et elle est plus vivante. Elle me donne même la main et nous allons nous promener. J’ai l’impression qu’elle est de retour dans ma vie. »  

Mme

Le brouillard s’est dissipé
Mme Madonna Clothier, résidente, et son mari, M. David Clothier, centre de soins de longue durée Bay St. George, Terre-Neuve-et-Labrador

M. David Clothier, Kathleen McCourt, I.A., coordonnatrice des soins aux résidents, et Mme Madonna Clothier, résidente, centre de soins de longue durée Bay St. George, Terre-Neuve-et-Labrador

Prendre part à des activités enrichissantes permet de créer un environnement sain et favorable.
M. David Clothier (à gauche), Kathleen McCourt, I.A., coordonnatrice des soins aux résidents (au centre), et Mme Madonna Clothier, résidente (à droite), centre de soins de longue durée Bay St. George, Terre-Neuve-et-Labrador


Société Alzheimer du Canada, 2019, accessible à : https://alzheimer.ca/fr/on/We-can-help/Resources/Shifting-Focus/What-are-responsive-behaviours