Retrouver « les petits bonheurs du quotidien » grâce à la déprescription d’antipsychotiques chez les aînés du Nouveau-Brunswick

Une toute douce révolution tranquille est en train de se produire dans des foyers de soins du nord-est du Nouveau-Brunswick, au grand bonheur d’Adelbert Bertin, 94 ans. Résident du Manoir Édith B. Pinet de Paquetville, « Bébert », comme on l’appelle affectueusement, a retrouvé une qualité de vie qu’il n’espérait plus, grâce au programme Utilisation appropriée des antipsychotiques visant à gérer des comportements difficiles associés à la démence.

Natif de Saint-Léolin dans la péninsule acadienne, Adelbert Bertin a travaillé fort physiquement toute sa vie. Comme bûcheron d’abord, puis opérateur de machinerie lourde, tout en élevant une famille de trois enfants avec sa femme Amélia. Puis l’âge a fait son œuvre et la maladie et les débuts d’une démence se sont tranquillement installés.

« Papa a été admis à Édith Pinet en décembre 2016 après un séjour de plus de deux mois à l’hôpital de Caraquet. Il souffrait de problèmes multiples liés à l’âge, dont le diabète et la démence », raconte sa fille, Georgette Bertin, infirmière de formation et proche aidante. « Son entrée au Manoir a été assez difficile en raison de son agressivité. Au fil des jours, le personnel a dû lui administrer différents médicaments antipsychotiques uniquement pour arriver à lui donner les soins de base. »

Georgette Bertin a été présente à tous les instants. Elle comprend bien pourquoi les médicaments lui ont été administrés. Mais ce qu’elle déplore, c’est que les effets calmants des antipsychotiques aient rendu son père amorphe et quasi immobile. « Confusion, hallucinations, problèmes urinaires et rénaux, difficultés à manger, on le voyait régresser, admet Georgette Bertin. Pour un moment, on a craint le pire. »

Adelbert Bertin était le candidat parfait pour le programme d’utilisation appropriée d’antipsychotiques. En février 2018, on lui enlève petit à petit tous les médicaments antipsychotiques selon le protocole, sauf pour deux, que l’on conserve au dossier — « pour utilisation au besoin ». On a redoublé sur les techniques axées sur le patient, musique et autres attentions. Les changements chez M. Bertin ne se sont pas fait attendre.

« Quelle différence! Maintenant il mange seul, reconnaît davantage son entourage et participe aux activités, allant même jusqu’à jouer de la cuillère lorsqu’il y a de la musique, affirme fièrement Georgette. Il se déplace en fauteuil roulant et fait des blagues. Bien sûr que ses symptômes de démence ne se sont pas atténués, mais la déprescription a complètement transformé son quotidien... et, bien sûr, celui des soignants et de sa famille. »

« Papa semble prendre un plus grand plaisir à vivre. Il arrive à faire des casse-têtes simples et à s’amuser avec des cartes à jouer », continue Georgette Bertin.

Sylvie Basque est la directrice des soins au Manoir Édith B. Pinet : « Monsieur Bertin a vraiment profité de l’arrêt des antipsychotiques en échange pour une attention davantage axée sur le confort et la sécurité de la personne. Nous avons été témoins de toute une transformation dans son cas. Maintenant, il est plus agréable et interagit beaucoup mieux avec le personnel et les autres résidents. C’est très gratifiant de voir ça. »

« Le projet collaboratif a donné de bons résultats dans son cas, mais nous restons vigilants, continue Mme Basque. On réévalue les médicaments de nos trente résidents aux trois mois afin de voir si des ajustements s’imposent. De plus, le personnel soignant et les préposés ont été formés pour interagir avec des personnes qui vivent une déprescription et sont à l’affût de tout changement de comportement. Mais dans l’ensemble, les résultats sont plus que satisfaisants. »

La déprescription au Nouveau-Brunswick

La Fondation canadienne pour l’amélioration des services de santé (FCASS) et l’Association des foyers de soins du Nouveau-Brunswick (AFSNB) ont annoncé récemment les résultats de l’expansion à l’échelle provinciale d’un programme de soins de la démence axés sur la personne dans les 68 organisations de foyers de soins de la province.

Depuis 2014, la Fondation canadienne pour l’amélioration des soins de santé a appuyé 191 établissements de soins de longue durée partout au Canada dans ses efforts de déprescription des antipsychotiques aux personnes atteintes de démence, en plus de collaborations majeures avec le Québec, le Nouveau-Brunswick, l’Île-du-Prince-Édouard, Terre-Neuve-et-Labrador.

New Brunswick Appropriate Use of Antipsychotics Collaborative Adelbert Bertin

Adelbert Bertin avec sa femme Amélia.

Projet

Adelbert Bertin au Manoir Edith B. Pinet de Paquetville, au Nouveau-Brunswick.