Novembre 2018

L’utilisation grandissante de médicaments antipsychotiques chez les aînés qui présentent des symptômes comportementaux et psychologiques liés à la démence (SCPD) a toujours été une situation préoccupante, autant pour le personnel soignant en CHSLD, que pour les proches. C’est pourquoi la mise sur pied d’un projet de recherche portant sur la réduction d’antipsychotiques, là où c’est possible, a été accueillie avec beaucoup d’intérêt. À ce jour, les espoirs n’ont pas été déçus.

En 2017, avec l’appui de la Fondation canadienne pour l’amélioration des services de santé (FCASS) et en collaboration avec les acteurs du milieu dont le CIUSS de l’Estrie, le CHUS et les CISSS et CIUSSS du Québec, le Ministère de la Santé et des Services sociaux, l’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux, le Regroupement provincial des comités des usagers et la Fédération québécoise des Société Alzheimer se sont concertés pour mettre sur pied un projet panquébécois intitulé Optimisation des pratiques, des usages, des soins et des services – Antipsychotiques (OPUS-AP).

Josée Prud’homme est gestionnaire et chargée de projet locale au CISSS de la Montérégie-Ouest. Elle raconte son expérience au Centre d’hébergement de Coteau-du-lac.

« En 20 années d’expérience en gériatrie, je n’ai jamais eu un levier aussi puissant qu’OPUS-AP pour améliorer les pratiques liées à l’utilisation des antipsychotiques chez cette clientèle, a affirmé madame Prud’homme. Le fait que l’on puisse revoir nos pratiques et diminuer ou éliminer ces médicaments est très positif car leur prise est associée à un risque accru d’événements cardiovasculaires, de somnolence, de chutes et d’autres effets indésirables.»

L’approche pharmacologique est encore trop souvent un premier réflexe car elle est plus rapide et généralement présumée efficace. Pourtant, nous savons depuis plusieurs années que les approches non pharmacologiques doivent être privilégiées car les antipsychotiques sont peu efficaces ou non indiqués pour certains comportements. Sans oublier les effets secondaires qu’ils provoquent et qui apportent d’autres problématiques.

« Il faut une bonne dose d’ouverture et de créativité.
C’est très stimulant de voir évoluer la pratique pour le mieux-être de notre clientèle.»

Josée Prud’homme, gestionnaire CISSS de la Montérégie-Ouest, chargée de projet locale OPUS – AP

Des interventions non pharmacologiques adaptées à chaque résident et à chaque situation ne sont pas toujours évidentes à trouver. La solution ? OPUS-AP fait appel à l’expertise de tous les intervenants afin de trouver les meilleures solutions.

« Par exemple, a renchéri madame Prud’homme, une préposée aux bénéficiaires a partagé une observation qui a permis à l’équipe de comprendre la cause de l’agitation d’un résident. Cette collaboration a mené à une solution efficace qui n’aurait jamais été envisagée autrement. »

« OPUS-AP ne procure pas plus de ressources humaines, rappelle la gestionnaire locale du projet. Mais mieux toucher, regarder et parler aux résidents ne prend pas nécessairement plus de temps. Il peut même en faire économiser avec ses retombées positives sur les SCPD car c’est toujours moins long de prévenir un comportement que de le désamorcer. »

Pour l’équipe qui participe au projet au Centre d’hébergement de Coteau-du-lac, l’aspect le plus formateur du projet OPUS-AP a été la tenue de caucus cliniques hebdomadaires pour discuter des situations d’un ou deux résidents qui pourraient bénéficier d’une déprescription. Un aide-mémoire, ou « station visuelle » a été créé pour appuyer la démarche et rappeler l’usage approprié des antipsychotiques. Cet aide-mémoire comprend notamment la liste des comportements pour lesquels l’usage des antipsychotiques pourrait être indiqué, un descriptif de l’approche de base et des moyens d’intervention non pharmacologiques pour chacun des résidents, etc.

« Combien de personnes ont bénéficié du projet? Outre le nombre de résidents ayant fait l’objet d’une déprescription complète ou partielle, à partir du moment où les membres du personnel ont commencé à approfondir leurs compétences pour mieux comprendre et prévenir les SCPD, il n’y a eu que des gagnants, selon Josée Prud’homme. »

Maintenant le plus grand enjeu reste la pérennité du projet. L’usage approprié des antipsychotiques doit s’inscrire dans la pratique quotidienne dans tous les CHSLD. « Le fait de devoir rendre compte de l’évolution du projet à d’autres instances, contribue à sa rigueur et mène à sa continuité. Reste à réfléchir sur les moyens à mettre en place pour que le changement se consolide et se poursuive » a conclu Josée Prud’homme.

Intégration du Projet OPUS – AP dans tous les CHSLD se fera en trois phases

  • Phase 1 (2018) = 1 CHSLD par CISSS/CIUSSS = 24 au total
  • Phase 2 (2019-2020) = 132 CHSLD (318 unités)
  • Phase 3 (2020-2021) = 100% des 317 CHSLD du Québec

 

Avantages de la déprescription des antipsychotiques chez les aînés en CHSLD

 

Pour les aînés

  • diminution de l’anxiété et du risque de dépression
  • plus d’autonomie fonctionnelle
  • plus de contrôle sur sa vie
  • reconnaissance de ses habitudes et de son vécu
  • diminution des chutes et des autres effets indésirables.

Pour les proches

  • Diminution du sentiment d’impuissance
  • Connaissances pour mieux intervenir auprès d’un aîné

Pour les intervenants

  • Plus grande satisfaction et confiance au travail
  • Augmentation du sentiment de compétence
  • Plus de temps pour intervenir auprès des résidents

* pour la proportion d’antipsychotiques prescrits. De 40 % à 60 % des résidents en CHSLD, âgés de 65 ans et plus s’en voient prescrire, et ce, même s’ils n’ont pas de diagnostic de psychose.

SOURCE : Affiche finale OPUS-AP et Site du CIUSSS de l’Estrie - CHUS