Projet de recherche commandée

Collaboration interprofessionnelle et services de santé de première ligne de qualité

by Juanita Barrett, Dr. Vernon Curran, Lindsay Glynn, Dr. Marshall Godwin | déc. 01, 2007
La synthèse "Collaboration interprofessionnelle et services de santé de première ligne de qualité” comprend un examen systématique de la littérature scientifique portant sur les résultats de la collaboration interprofessionnelle dans les services de santé de première ligne, une analyse du contexte canadien pour obtenir la rétroaction des intervenants et les résultats d’initiatives ou de projets faisant état de la prestation de services de santé de première ligne.

Messages clés

  • On dispose de données probantes de qualité nous indiquant que les patients ou clients, les fournisseurs de services et le système, dans des domaines spécialisés comme les services de santé mentale ou la prévention et la gestion des maladies chroniques, tirent avantage de la collaboration interprofessionnelle.
  • Tant l’examen de la littérature que les données probantes provenant de certaines régions révèlent des avantages pour les patients ou clients, les fournisseurs de services et le système lorsque l’on favorise et que l’on appuie la collaboration interprofessionnelle (dans le cadre, par exemple, de partenariats médecin/infirmière, médecin/pharmacien, médecin/diététicienne) dans le but d’assurer des services à certaines populations en fonction de critères géographiques ou de profils de santé de la population. Ces résultats font état d’une amélioration au chapitre des soins autoadministrés, des connaissances et des résultats chez les patients ou les clients; d’une amélioration de la satisfaction des fournisseurs de services ainsi que d’un enrichissement de leurs connaissances, compétences et comportements. On observe aussi des améliorations systémiques, notamment l’offre d’une gamme de services élargie, un meilleur accès, un resserrement des temps d’attente et une utilisation plus efficace des ressources.
  • Des conclusions mentionnent les avantages de la collaboration interprofessionnelle sur le plan des coûts dans certains cadres de services de santé de première ligne (par exemple, baisse des coûts moyens par fournisseur de services et par patient pour la surveillance de la tension artérielle, réduction des taux de réhospitalisation et réduction des coûts des services de première ligne à domicile pris en charge par des équipes).
  • Toutefois, bien que l’examen de la littérature et les données probantes provenant des régions fassent état des avantages de la collaboration interprofessionnelle, ils demeurent muet sur la façon dont les variations entre les modes de collaboration interprofessionnelle influent sur les résultats.
  • Divers outils et méthodes (notamment des définitions, principes, cadres, obstacles et facilitateurs) élaborés pour appuyer la planification, la mise en oeuvre et l’évaluation des partenariats de collaboration interprofessionnelle efficaces peuvent nous être utiles pour la planification, la mise en oeuvre, l’évaluation et la recherche qui auront lieu par la suite.
  • Il est nécessaire de transmettre les connaissances tirées de synthèses comme celle-ci pour mettre à profit les études actuelles dans la planification, la mise en oeuvre, l’évaluation et la recherche qui auront lieu par la suite.
  • Il faut disposer d’un meilleur appui réglementaire et législatif pour favoriser et promouvoir l’uniformité et la clarté des partenariats de collaboration interprofessionnelle (par exemple, médecin/infirmière, médecin/pharmacien, médecin/diététicienne), la portée de la pratique, de même que la disponibilité des modes de rémunération des médecins et d’autres professionnels.
  • Il faut mettre en place une recherche plus rigoureuse, de façon à clarifier les définitions applicables à la collaboration interprofessionnelle (en particulier en ce qui concerne le rôle du patient ou du client et de la famille dans le processus), aux équipes ou aux soins pris en charge, afin de recueillir des données probantes de plus grande qualité sur la collaboration interprofessionnelle et ses résultats pour assurer des services à certaines populations en fonction de critères géographiques ou de profils de santé de population, et recueillir des données probantes associant les variations dans les paramètres de collaboration et les résultats.

Sommaire

Nul ne conteste au Canada, la nécessité de disposer d’un système de services de santé de première ligne bien articulé pour traiter les problèmes d’une population vieillissante et répondre aux besoins d’un nombre croissant de personnes atteintes d’une maladie chronique, d’une incapacité fonctionnelle ou de morbidité complexe. Or, malgré divers appuis depuis 2000 aux services de santé de première ligne, tant aux échelles nationale que provinciale, l’adoption d’un modèle de soins reposant sur la collaboration interprofessionnelle et le travail en équipe n’en est qu’à ses premiers balbutiements.

Cette synthèse vise à aider la Fondation canadienne de la recherche sur les services de santé et le Conseil canadien de la santé à mieux comprendre les données probantes sur la collaboration interprofessionnelle dans les services de santé de première ligne au Canada et les avantages qui pourraient en découler pour les patients et les fournisseurs de services de santé. Elle met l’accent sur les évaluations des initiatives de collaboration interprofessionnelle recensées dans la littérature et des projets financés par le Fonds pour l’adaptation des soins de santé primaires (FASSP). On trouvera dans le présent rapport :

  • les résultats d’initiatives ou de projets visant la prestation de services de santé de première ligne;
  • un examen systématique de la littérature scientifique sur les résultats de la collaboration interprofessionnelle dans les services de santé de première ligne;
  • une analyse du contexte canadien pour obtenir la rétroaction des intervenants. La méthode utilisée pour évaluer la qualité des initiatives et des projets comprend :
  • un examen des caractéristiques qualitatives et quantitatives de la conception de l’étude et de la nature de l’intervention des services de santé;
  • une évaluation des caractéristiques de conception de l’étude d’après les critères sur le niveau de validité des données;
  • l’attribution d’une note à chaque étude par un chercheur spécialisé dans les services de santé de première ligne.

L’examen de la synthèse porte à croire que le renforcement de la collaboration interprofessionnelle donne des résultats positifs tant pour les fournisseurs de services que pour le système et le patient (voir l’annexe I, où l’on trouvera un tableau des examens de la littérature pris en compte; d’autres examens de la littérature seront présentés au printemps 2008 dans le site Web du Ministère de la santé et des soins de longue durée de l’Ontario). Ce résultat est particulièrement patent pour les populations de malades chroniques ou ayant des besoins spéciaux. Un grand nombre de rapports mis à jour par l’examen de la littérature grise livrent de l’information utile sur les définitions, les principes, les cadres, les obstacles et les facilitateurs de la collaboration. Des stratégies sont mises en évidence pour aborder les difficultés associées à la collaboration. On reconnaît également la nécessité de clarifier la législation et la réglementation professionnelles pour faciliter la collaboration.

Tant la littérature non prise en compte que la rétroaction qui ressort de l’analyse contextuelle font écho aux données probantes concernant les déterminants d’une collaboration efficace et les mesures de résultats connexes. Plusieurs méthodes d’évaluation et de recherche ont été recensées, lesquelles ont été employées avec succès pour la planification, la mise en oeuvre et l’évaluation des projets de collaboration. Les chercheurs, les gestionnaires, les responsables de politique et les cliniciens devraient travailler en concertation pour créer, mettre en commun et utiliser toutes les formes de données probantes afin d’appuyer et d’évaluer la collaboration interprofessionnelle, en utilisant les données probantes de base qui ont déjà été recueillies. À partir de la classification du Cadre de l’équipe d’évaluation conjointe utilisée comme guide, l’examen de la qualité des données probantes issues de la littérature scientifique, de la littérature grise et de l’analyse contextuelle nous ont permis de dégager plusieurs éléments communs :

  • Les patients ou clients et les fournisseurs de services ont modifié leurs attitudes et leurs perceptions de la pratique en collaboration interprofessionnelle, dont rendent compte les données probantes recueillies dans la littérature scientifique et dans la littérature grise, quel que soit leur niveau de validité, et l’analyse contextuelle a confirmé une évolution dans la perception ou les attitudes des patients ou clients et des fournisseurs de services à l’égard de la valeur des équipes.
  • L’organisation a modifié sa pratique interprofessionnelle. C’est ce qui ressort de l’ensemble de la littérature scientifique et de la littérature grise passées en revue, faisant état de données probantes de qualité élevée ou moyenne, et l’analyse contextuelle a confirmé le recours accru au travail en équipe dans les soins dispensés aux patients ou clients dans les différentes régions du Canada.
  • Des avantages pour les patients ou clients ont été recensés dans tous les secteurs visés par l’examen, faisant état de données probantes de qualité élevée ou moyenne, et l’analyse contextuelle a confirmé une amélioration de la satisfaction de la clientèle à l’égard des soins, et un meilleur accès aux services dans toutes les régions du pays.

D’après la littérature scientifique et la littérature grise que nous avons passées en revue, de même que d’après l’analyse contextuelle, on semble disposer d’un nombre croissant de données probantes (de qualité élevée ou moyenne), ainsi que de grandes quantités de données probantes de qualité faible ou très faible indiquant que :

  • les fournisseurs de services travaillant dans un cadre de collaboration interprofessionnelle sont plus satisfaits et ont une expérience plus positive que leurs homologues des services de santé de première ligne travaillant dans une structure uniprofessionnelle (praticien seul fournissant aux patients des soins et leur donnant accès à d’autres services par un système d’aiguillage);
  • les fournisseurs de services des services de santé de première ligne travaillant dans un cadre de collaboration interprofessionnelle acquièrent une vision beaucoup plus positive de la collaboration avec d’autres professionnels;
  • les fournisseurs de services des services de santé de première ligne travaillant dans un cadre de collaboration interprofessionnelle acquièrent de meilleures connaissances et renforcent leurs compétences;
  • les fournisseurs de services des services de santé de première ligne travaillant dans une structure uniprofessionnelle adoptent des façons de faire différentes (par exemple, des modes d’aiguillage, de suivi, de soins préventifs) de celles de leurs homologues travaillant dans un cadre de collaboration interprofessionnelle;
  • les différents modes de collaboration interprofessionnelle permettent d’offrir une gamme de services élargie, d’utiliser les ressources de manière plus efficiente, d’assurer un meilleur accès aux services, de resserrer les temps d’attente, d’assurer une meilleure coordination des soins et des soins plus complets, comparativement à la prestation de services de santé de première ligne dans une structure uniprofessionnelle;
  • les patients ou clients recevant des soins dans un cadre de collaboration interprofessionnelle ont exprimé davantage de satisfaction et fait état d’une expérience plus positive, comparativement aux patients ou clients ayant reçu des soins de la part de fournisseurs de services des services de santé de première ligne travaillant dans une structure uniprofessionnelle;
  • les patients ou clients recevant des services de santé de première ligne de fournisseurs de services travaillant dans un cadre de collaboration interprofessionnelle acquièrent de meilleures aptitudes aux soins autoadministrés et une meilleure connaissance de leur état de santé;
  • les patients ou clients recevant des services de santé dans un cadre de collaboration interprofessionnelle font état de pratiques de santé différentes (par exemple, meilleurs soins autoadministrés, meilleures habitudes de vie et un plus grand accès à des services de prévention) comparativement aux patients ou clients recevant des services de santé de première ligne d’un soignant travaillant dans une structure uniprofessionnelle;
  • les modes de collaboration interprofessionnelle peuvent offrir de meilleurs résultats sur le plan de la santé aux patients ou clients (par exemple, au chapitre du contrôle de la tension artérielle et du diabète, de l’état de santé et de la qualité de vie), comparativement au modèle de prestation de services de santé de première ligne dans une structure uniprofessionnelle.