Histoires des résidents

L’histoire de Barbara L.         |        L’histoire de Don B.


Le sevrage de médicaments antipsychotiques ramène une étincelle dans les yeux de son père

Qu’est-ce qu’on ressent en voyant quelqu’un qu’on aime sous l’effet des antipsychotiques? Peu importe l’action supposément bénéfique de ce médicament, Patty B. ne voyait qu’un regard perdu dans les yeux de son père. « Il était complètement déphasé », dit-elle. « On ne pouvait pas lui parler. J’étais heureuse que ma mère n’y soit plus pour voir ça. Elle en aurait été désespérée. »

Antipsychotic Reduction Collaborative


Don, âgé de 86 ans, a commencé à être médicamenté après un écart de conduite au foyer de soins de longue durée Camilla Care Community à Mississauga (Ontario). Aujourd’hui, il est beaucoup plus alerte. Patty peut tenir des conversations avec son père. Le changement s’est produit quand on a cessé de lui administrer des antipsychotiques.

Camilla est un des 56 établissements de soins de longue durée du Canada qui participent à un projet collaboratif de la Fondation canadienne pour l’amélioration des services de santé (FCASS) visant à réduire de 27,5 % le nombre des personnes âgées qui prennent des antipsychotiques sans qu’un diagnostic de psychose ait été établi. Ces médicaments sont utilisés pour régler les problèmes de comportement, mais ils ont de graves effets secondaires et contribuent au nombre de chutes et d’hospitalisations.

L’année au cours de laquelle Don a commencé à prendre ces médicaments, Patty en a vu de toutes les couleurs avec l’état de santé de ses parents. Don avait fait carrière comme directeur du crédit, et il était passionné de curling et de la vie de chalet. Selon Patty, c’est quelqu’un de très enthousiaste, qui adore la marche. Mais après avoir fait trois AVC en cinq mois, Don pouvait difficilement marcher et parler. L'angoisse le tenaillait. La mère de Patty ne pouvait plus s’en occuper.

En février 2008, juste avant de fêter ses 78 ans, Don est entré à Camilla. Par la suite, la mère de Patty est tombée malade. Au début, le diagnostic n’était pas clair. Puis le couperet est tombé : sclérose latérale amyotrophique. Elle est décédée en juillet 2008.

Depuis ses AVC, la mémoire à court terme de Don lui faisait défaut. « Si on lui demandait ce qu’il avait mangé au déjeuner, il répondait qu’on ne lui avait rien donné », explique Patty. Pire encore, il a commencé à être agressif, la plupart du temps avec d’autres résidents, mais parfois aussi avec le personnel. Don n’a aucun souvenir de ces incidents.

En tant qu’infirmière, Daile Moffat a passé de nombreuses années en première ligne des soins de longue durée. Elle comprend les avantages apparents des antipsychotiques et ses effets nocifs potentiels.

« Certaines circonstances justifient le recours aux antipsychotiques. Mais ce ne sont pas les médicaments idéaux pour les personnes âgées », affirme Mme Moffat, vice-présidente, Qualité et services de conseil, au centre Sienna Senior Living.

Camilla est un centre communautaire de soins de longue durée de Sienna. Daile Moffat souligne la vision de Sienna qui veut faire prendre conscience à ses collectivités des aspects positifs que recèlent les dernières années de vie. « Quand on permet à quelqu’un de retrouver sa vivacité d’esprit en lui retirant les antipsychotiques, cela va dans le sens de notre vision », affirme-t-elle. « Nous avons été à même de le constater avec ce projet. »

L’objectif était de découvrir des moyens efficaces de réduire l’utilisation des antipsychotiques chez les aînés, en optant plutôt pour des interventions non pharmaceutiques en vue de modifier les comportements perturbateurs. Au lieu de considérer les antipsychotiques comme une première option, Daile Moffat estime qu’ils devraient être une solution de premier recours.

Selon les données probantes les plus concluantes, de 5 à 15 % des personnes âgées dans les établissements de soins de longue durée ont besoin de médicaments antipsychotiques. Dans le cadre du programme de la FCASS, plus de la moitié des résidents qui prenaient des antipsychotiques ont pu cesser complètement (36 %) ou prendre une dose beaucoup plus faible (18%). À Camilla et dans l’ensemble des résidences de Sienna qui prennent part à cette initiative, l’utilisation d’antipsychotiques a diminué de moitié. « C’est tout à fait possible et cela peut se faire sans danger », déclare Mme Moffat.

Lorsque Patty a constaté les effets des antipsychotiques chez son père, elle a présumé que c’était signe que sa santé se détériorait. Une fois qu’il en a été sevré, dit-elle « les gens me demandaient des nouvelles de mon père et je pouvais leur dire qu’il allait étonnamment bien ».

Pour Daile Moffat, cela n’a rien d’étonnant. Lorsqu’on retire les antipsychotiques aux résidents, « on peut voir l’étincelle au fond de leur yeux, leur personnalité transparaît. On constate une réelle différence. »

Pour de plus amples renseignements, communiquer avec:

info@cfhi-fcass.ca
613-728-2238