L’Hôpital d’Ottawa : soutenir les patients dans leur prise de décisions

par admin admin | août 18, 2010

Messages principaux

Grâce aux outils d’aide à la décision, les patients en savent plus à propos de leur maladie et des options thérapeutiques qui s’offrent à eux; ces outils leur permettent de déterminer ce qui importe pour eux dans le choix de l’option thérapeutique.

Les aides à la décision sont tout aussi avantageuses que l’éducation individuelle, mais à un coût moindre; les économies de coûts peuvent servir à combler d’autres besoins.

L’outil d’aide à la décision n’allonge pas la durée du rendez-vous; grâce à lui, le professionnel de la santé qui n’a pas à éduquer son patient dispose de plus de temps pour l’aider à prendre des décisions éclairées.

« Tout le monde sait » est loin d’être une expression banale, elle est lourde de sens.

Prenons, par exemple, les aides à la décision du patient – ces outils éducatifs qui offrent de l’information sur un sujet précis dans le domaine de la santé. « Tout le monde sait » que ces aides à la décision améliorent le traitement en informant le patient et en le faisant participer à la prise de décisions cliniques; de fait, la recherche n’a de cesse de corroborer cette constatation. Mais, elle révèle également que ces aides, malgré leur utilité, ne sont pas d’usage répandu dans la pratique courante.

L’Hôpital d’Ottawa est déterminé à changer cette situation. L’Institut de recherche de l’Hôpital d’Ottawa (IRHO) est le centre par excellence de conception d’outils de prise de décision dans le monde. Vous n’avez qu’à taper « outils de prise de décision pour les patients » dans Google et vous verrez apparaître la page du programme de recherche sur les outils de prise de décision pour les patients de l’IRHO au haut de la liste des résultats.

Le groupe de recherche a répertorié plus de 200 aides en usage dans de nombreux pays sur des sujets aussi variés que la maladie d’Alzheimer ou le contrôle du poids. Des millions de personnes consultent les aides à la décision en ligne chaque année. Malgré leur multitude, ces outils sont utilisés « au petit bonheur » selon Dawn Stacey, professeure agrégée en sciences infirmières à l’Université d’Ottawa et directrice du groupe de recherche sur les outils de prise de décision pour les patients.

Pour promouvoir leur utilisation, le groupe de recherche mène deux projets pilotes, l’un ayant trait à l’arthroplastie, l’autre au cancer de la prostate, pour examiner l’intégration des aides à la décision dans la prestation des services courante. Les patients qui participent aux projets se voient remettre un dépliant et un DVD qui résument les soins qui leur sont destinés et les options thérapeutiques, soulignant leurs avantages et désavantages respectifs, afin qu’ils déterminent ce qui est le plus important à leurs yeux. Les patients inscrivent les renseignements sur leur santé ainsi que leurs choix dans l’ordinateur au moyen d’un écran tactile. Puis, le logiciel génère un résumé d’une page qui est transmis au chirurgien du patient. Par exemple, les patients atteints de cancer de la prostate peuvent choisir l’option qui correspond le mieux à leurs valeurs et à leurs priorités de la chirurgie, de l’irradiation ou de l’attente sous surveillance en connaissant pleinement les risques, les avantages et les effets indésirables de chacune des options.


Il s’agit de convaincre le médecin d’y recourir, car une fois qu’il s’y met, il ne revient pas en arrière.


Pour ce qui est du projet pilote centré sur l’arthroplastie, les patients jugés admissibles à la chirurgie dans le cadre du processus de sélection sont répartis en deux groupes : un groupe qui bénéficie de l’aide à la décision, l’autre qui est soumis aux soins usuels. L’évaluation subséquente constate que l’aide à la décision est véritablement instructive pour le patient et qu’elle améliore la qualité des décisions.

Jamie Davison fait partie du groupe ayant utilisé un outil de prise de décision. Cette résidante d’Ottawa de 54 ans a été affligée de douleur intense aux genoux pendant trois à quatre ans avant d’être évaluée en prévision d’une intervention. Elle qualifie l’outil de « tout bonnement excellent ». Elle a particulièrement aimé le fait que cet outil rassemblait toute l’information pertinente. « Dans bien des cas, nous ne savons même pas les questions qu’il faut poser », dit-elle. « Lorsque nous les connaissons, nous ne savons pas où obtenir les réponses. Un tel outil règle le problème de cette recherche d’information à l’aveuglette. » Elle a aimé également le ton neutre, sans jugement, de cette approche. Lorsque la trousse d’information abordait la nécessité d’être actif physiquement ou de perdre du poids, « je ne me suis pas sentie sur la défensive, seulement que l’on me rappelait ce qu’il faut faire. »

La possibilité de relire cette information à son gré représente un autre avantage de l’outil d’aide à la décision selon Mme Davison. Au cabinet du médecin, précise-t-elle, vous pouvez poser les mêmes questions à de multiples reprises, mais ne pas vous rappeler toujours bien ce qui s’y est dit. La recherche appuie cette opinion en démontrant que les patients peinent à se souvenir des conversations, particulièrement à des moments difficiles comme le dévoilement d’un diagnostic. Les aides à la décision occupent une place importante dans l’éducation des patients, c’est une ressource qu’ils ont constamment à leur disposition, qu’ils peuvent consulter quand bon leur semble.

Changer les mentalités

Nul doute que les patients sont conscients de l’utilité des aides à la décision. Reste à persuader les médecins et les chirurgiens de les utiliser. « La recherche illustre que le recours à un outil d’aide à la décision par le patient n’a pas forcément un effet sur la discussion avec l’oncologue », précise-t-elle.

L’utilisation des aides à la décision est entravée par la perception qu’il faut y consacrer beaucoup de temps sans que ce soit vraiment utile. Le recours à un outil d’aide à la décision ne prolonge pas la discussion, d’expliquer Mme Stacey. En revanche, cela modifie la dynamique de la discussion. Plutôt que de s’attarder sur les risques et les avantages des diverses options, la discussion peut être centrée sur les valeurs et les priorités du patient, les éléments qui revêtent le plus d’importance pour lui. En fait, il s’agit habituellement de convaincre le médecin d’y recourir, car une fois qu’il s’y met, il ne revient pas en arrière, de dire Mme Stacey.

Geoffrey Dervin, chef du Service de chirurgie orthopédique de l’Hôpital d’Ottawa, le fait depuis près de deux ans. Il est ravi de constater l’effet de cette façon de faire sur ses rencontres avec les patients, qui ont gagné en efficience. « Les patients sont beaucoup plus précis dans leurs questions », dit-il. « De plus, le résumé d’une page est très clair quant à leurs préoccupations, de sorte qu’il est facile de les aborder durant la rencontre, voire de poser des questions précises à ce sujet si les patients n’y font pas allusion. »

Dawn Stacey souhaiterait que les aides à la décision destinées au patient soient d’usage plus répandu et plus fréquent. Elle se réjouit néanmoins de promouvoir leur utilisation dans l’arthroplastie et le cancer de la prostate, sachant que le savoir acquis à ce propos se traduira par une participation accrue du patient dans tous les aspects des soins et des services de santé qui lui sont destinés.

Contact:

Dawn Stacey
Professeure agrégée, Université d’Ottawa Directrice, Groupe de recherche sur les outils de prise de décision pour les patients
Dawn.Stacey@uOttawa.ca

Ce numéro de Passez le mot! présente quatre organismes de santé du Canada qui portent sur quatre organismes de santé canadiens qui ont intégré le patient dans l’équipe soignante.

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