Transformation de la première ligne en santé mentale au Québec : Accompagnement et suivi

Louise Fournier
Chercheuse principale , CRCHUM, Université de Montréal, INSPQ

Rapport complet (PDF, 335 Ko); Annexes (PDF, 2.2 Mb)

Le plan d’action en santé mentale 2005-2010 (PASM) prévoyait des changements d’ordre organisationnel majeurs partout au Québec. Or, le rythme et l’ampleur des changements apportés furent très variables selon les milieux considérés dans le cadre de cette étude. Les enjeux auxquels ils étaient confrontés étaient sensiblement les mêmes sur l’ensemble des territoires. Toutefois, des caractéristiques particulières à chacun d’eux ont pu infléchir le sens et l’importance des changements visés. Les enjeux communs concernaient surtout l’arrimage entre les services de première et de deuxième ligne et, de manière plus générale, entre les services médicaux et les autres services professionnels.

Les modalités prévues au PASM, en particulier la hiérarchisation des soins et la mise en place d’un guichet d’accès unique, visaient précisément cet arrimage. Toutefois, les réseaux locaux de services ont été largement laissés à eux-mêmes dans la façon de les établir, ne bénéficiant généralement pas d’un soutien efficace des Agences régionales de santé et des services sociaux. Le rapprochement aussi souhaité avec le réseau communautaire semble avoir été moins problématique. Tous les territoires ont aussi dû composer avec une pénurie de ressources professionnelles, même là où les ressources financières étaient disponibles.

Les réseaux locaux où la mise en oeuvre des objectifs du PASM a pu se faire assez rapidement avaient certaines caractéristiques particulières : une tradition établie de concertation entre les différents acteurs concernés, des fonctions de liaison efficaces, un soutien déjà présent de la part des psychiatres aux services de première ligne, la présence médicale active au sein des instances locales et la mixité des pratiques professionnelles (présence d’infirmières ou d’autres professionnels au sein des cliniques).

La coïncidence temporelle dans la création des CSSS et le déploiement du PASM a eu des conséquences divergentes. Elle a favorisé l’appropriation d’une approche populationnelle et la mobilité du personnel; toutefois, cette mobilité a compliqué le développement de liens de confiance entre partenaires. De même, là où il y a eu intégration du département de psychiatrie au sein de la structure du CSSS, on a observé un rapprochement entre les lignes de services parfois compromis par les transferts des professionnels de deuxième ligne vers la première.