Mythe : Les personnes atteintes de maladie mentale ne se rétablissent jamais complètement

par admin admin | déc. 03, 2012
La maladie mentale est souvent considérée comme une maladie comme les autres, et cela crée une certaine confusion à propos de ce qu’on entend par rétablissement des personnes atteintes de cette maladie. Un nombre croissant de données probantes montre que, sans pour autant être guérie des symptômes de la maladie, une personne souffrant de troubles mentaux peut retrouver une vie intéressante et satisfaisante.
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La fin d'un mythe - décembre 2012

La maladie mentale est souvent considérée comme une maladie comme les autres. Malheureusement, cela crée une certaine confusion entre la guérison et le rétablissement des personnes atteintes de maladie mentale[1]. Par rétablissement, on entend généralement l’élimination ou la réduction des symptômes, ce qui se produit en effet chez de nombreuses personnes. La recherche révèle que 25 à 65 p. 100 des personnes souffrant d’une forme grave de maladie mentale atteignent un rétablissement « clinique » complet[1]. Cependant, l’hypothèse selon laquelle le rétablissement est synonyme de guérison ne tient pas compte du nombre croissant de données de recherche[2] montrant qu’une personne peut retrouver une vie intéressante et satisfaisante sans pour autant être guérie des symptômes de la maladie[3].

Dans le contexte de la santé mentale, le « rétablissement » fait référence à la « possibilité de mener une vie satisfaisante, pleine d’espoir et utile, en dépit des inconvénients causés par les troubles de santé mentale[4] ». De tout temps, les patients ont entendu dire que leur maladie persisterait, voire s’aggraverait avec le temps[5]. La recherche commence cependant à montrer que le fait de donner de l’espoir et d’adopter une attitude favorisant le rétablissement est essentiel pour améliorer les résultats individuels[6], [7], soulager les symptômes[8] et optimiser l’utilisation des ressources en matière de santé[9].

DES STATISTIQUES ÉLOQUENTES

Selon les estimations des scientifiques, plus de 6,7 millions de Canadiens ont souffert d’un problème de santé mentale en 2011[10]. La maladie mentale se classe dans une catégorie de maladies auxquelles on associe un recours important au système de santé, une réduction de la productivité et la souffrance humaine[11]. On estime que la part directe des dépenses de santé imputables aux maladies mentales au Canada a atteint pas moins de 42,3 milliards de dollars en 2011[10]. Les répercussions importantes de la maladie mentale font apparaître clairement qu’une approche efficace visant à promouvoir le rétablissement des patients pourrait générer des gains substantiels sur le plan individuel, social et économique.

DÉMARCHE VERS LE RÉTABLISSEMENT

Conscients du risque de surévaluation des facteurs biologiques de la maladie mentale inhérent à une orientation thérapeutique axée sur la « guérison », un mouvement des consommateurs né dans les années 1980-1990 a pu montrer la valeur de l’entraide, de la prise en charge de soi et de la sensibilisation[12]. Un nouveau concept de rétablissement en santé mentale[13] qui souligne la possibilité de mener une vie utile et productive malgré le diagnostic clinique[3] a vu le jour. Souvent désignée par l’expression « rétablissement personnel », cette approche renforce la capacité des individus à adapter leurs attentes, leurs compétences et leurs ambitions afin de pouvoir mener une vie satisfaisante et enrichissante en dépit des contraintes pouvant être imposées par la maladie[3], [12], [14]. Elle attire également l’attention sur le regain de l’estime personnelle, de l’autonomie et de la maîtrise de soi, qui peuvent être altérées après un diagnostic de maladie mentale[12].

Un modèle de rétablissement en santé mentale[1] qui met l’accent sur le rétablissement clinique et personnel est important tant pour les utilisateurs des services que pour leurs prestataires. Tout en encourageant l’apprentissage de l’autonomie, l’entraide et les changements d’attitudes, cette approche souligne aussi l’importance d’instaurer des services et des traitements favorables et orientés vers le rétablissement[2]. Cette approche a conduit à la création de nombreux services et programmes d’aide tels que le soutien par les pairs et le maintien de l’autonomie et favorisé l’évolution de la relation clinicien-patient. Qui plus est, elle renforce les changements sociaux en éliminant la stigmatisation et l’exclusion sociale des individus[15].

MISE EN PRATIQUE DU RÉTABLISSEMENT

Outre les résultats positifs sur la santé mentale des participants[6], [16], les données probantes indiquent que le soutien par les pairs permet de réduire la durée des hospitalisations et la fréquence des réadmissions[9]. Aux États-Unis, le WRAP (Wellness Recovery Action Planning – Plan d’action pour le rétablissement de la santé) est une initiative de soutien par les pairs qui a porté fruit. Le WRAP a été utilisé pour sensibiliser les personnes atteintes de maladie mentale et a changé leurs attitudes à l’égard de la possibilité de s’acheminer vers le rétablissement[17]. Ce plan a fait naître de nouveaux espoirs, amélioré la qualité de vie des patients et soulagé leurs symptômes[8], [18]. Entraide a également produit des résultats impressionnants. La recherche montre qu’en permettant aux individus de prendre le contrôle de leur propre plan de rétablissement, ces derniers restent plus longtemps au sein de la collectivité, fonctionnent de manière plus efficace et ont plus de chances d’atteindre leurs objectifs de rétablissement tels que mener une vie autonome ou accéder à un emploi[19]. L’appui de la collectivité joue aussi un rôle important dans l’atteinte de ces objectifs, y compris l’accès à un logement à prix abordable, à l’éducation et à l’emploi[4]. L’initiative At Home/Chez Soi de la Commission de la santé mentale du Canada n’est qu’un exemple des projets d’évaluation des résultats positifs sur la santé mentale obtenus grâce à la satisfaction des besoins essentiels des patients et au soutien apporté à leur rétablissement[4].

Les cliniciens et autres prestataires de services de santé doivent jouer un rôle de premier plan dans le processus de rétablissement personnel. Tandis que les praticiens ont souvent fait figure d’autorité, le modèle de rétablissement les encourage à assumer un rôle de « partenaire » auprès des patients en voie de rétablissement[13]. L’expertise et le soutien des cliniciens sont des outils inestimables pour informer les patients et leur fournir les ressources suffisantes pour prendre en charge leur maladie et vivre leur vie pleinement[13].

Des stratégies visant à améliorer les attitudes et les pratiques des cliniciens à l’égard du processus de rétablissement sont mises en place au Canada, y compris au Centre de toxicomanie et de santé mentale (CTSM) et au Forensic Psychiatric Hospital (FPH) de la Colombie- Britannique*. Le CTSM a entrepris une série de conférences au cours desquelles des clients du Centre ayant souffert ou souffrant de schizophrénie partagent leur expérience du rétablissement à l’intérieur et à l’extérieur du milieu clinique avec le personnel du CTSM[20]. Le projet du FPH a favorisé l’engagement accru des clients ainsi que leur participation à l’élaboration, à l’organisation et à l’évaluation des services de l’hôpital par le truchement de programmes de soutien par les pairs, de la participation des clients à la prise de décisions et d’équipes de pairs chercheurs[21]. Ces projets ont grandement aidé à améliorer l’attitude des clients et du personnel à l’égard du processus de rétablissement.

CONCLUSION

Vivre avec une maladie mentale peut, dans le pire des cas, s’avérer une expérience dévastatrice, notamment lorsque les systèmes de prestation de services de santé renforcent le mythe selon lequel il n’y a pas d’espoir d’amélioration. Toutefois, un nombre croissant de données probantes démontre que le retour à une vie satisfaisante en dépit des contraintes imposées par la maladie est non seulement possible mais probable1. Les personnes ayant une expérience de vie savent depuis longtemps que l’espoir, l’autonomie et le soutien des autres rendent le rétablissement possible. La promotion d’un système de santé mentale qui poursuit comme objectif le rétablissement personnel autant que clinique peut réduire le coût des services de santé, améliorer la qualité de vie des patients, favoriser leur insertion sociale et les aider à mener une vie pleine et active.

*Ces projets bénéficient du soutien de la FCASS. Pour de plus amples renseignements, consulter : http://www.fcass-cfhi.ca/WhatWeDo/Collaborations/PatientEngagement.aspx

RÉFÉRENCES

1. Davidson, L. et D. Roe (2007). « Recovery from versus recovery in serious mental illness: One strategy for lessening confusion plaguing recovery », Journal of Mental Health, vol. 16, no 4, p. 459-470.
2. Warner, R. (2010). « Does the scientific evidence support the recovery model? »,The Psychiatrist, vol. 34, no 1, p. 3-5.
3. Commission de la santé mentale du Canada (2009). Vers le rétablissement et le bien-être – Cadre pour une stratégie en matière de santé mentale au Canada. Extrait de <a href="http:// www.commissionsantementale.ca/">http:// www.commissionsantementale.ca/
4. Commission de la santé mentale du Canada (2012). Changer les orientations, changer des vies – Stratégie en matière de santé mentale pour le Canada. Extrait de <a href="http:// www.cpa. ca/docs/file/Practice/strategie-text-fr.pdf">http:// www.cpa. ca/docs/file/Practice/strategie-text-fr.pdf
5. Association canadienne de la santé mentale, Ontario (2012). About Mental Health: Recovery. Extrait de http://www.ontario.cmha.ca/
6. Resnick, S. et R. Rosenheck (2008). « Integrating peer-provided services: A quasiexperimental study of recovery orientation, confidence, and empowerment », Psychiatric Services, vol, 59, no 11, p. 1307-1314.
7. Barbic, S., Krupa, T. et I. Armstrong (2009). « A randomized controlled trial of the effectiveness of a modified recovery workbook program: Preliminary findings »,Psychiatric Services, vol. 60, no 4, p. 491-497.
8. Cook, J., Copeland, E., Jonikas, A., Hamilton, M., Razzano, A., Grey, D., Floyd, C., Hudson, W., Macfarlane, T., Carter, M. et S. Boyd (2012). « Results of a randomized controlled trial of mental illness self-management using Wellness Recovery Action Planning », Schizophrenia Bulletin, vol. 38, no 4, p. 881-891.
9. Sledge, W., Lawless, M., Sells, D., Wieland, M., O’Connell, M. et L. Davidson (2011). « Effectiveness of peer support in reducing readmissions of persons with multiple psychiatric hospitalizations », Psychiatric Services, vol. 62, no 5, p. 541-544.
10. Smetanin, P., Stiff, D., Briante, C., Adair, C., Ahmad, S. et M. Khan (2012). The life and economic impact of major mental illnesses in Canada: 2011 to 2041, Commission de la santé mentale du Canada, Ottawa (Canada).
11. Lim, K., Jacobs, P., Ohinmaa, A., Schopflocher, D. et C. Dewa (2008). « A new population-based measure of the economic burden of mental illness in Canada », Chronic Diseases in Canada, vol. 28, no 3, p. 92-98.
12. Anthony, W.A. (1993). « Recovery from mental illness: The guiding vision of the mental health service system in the 1990s », Psychosocial Rehabilitation Journal, vol. 16, no 4, p. 11-23.
13. Shepherd, G., Boardman, J. et M. Slade (2008). Making recovery a reality, Sainsbury Centre for Mental Health, Londres (R.-U.); édition québécoise parue sous le titre Faire du rétablissement une réalité. <a href="http://www.centreformentalhealth.org.uk/pdfs/Faire_du_ retablissement_une_realite_2012.pdf">http://www.centreformentalhealth.org.uk/pdfs/Faire_du_ retablissement_une_realite_2012.pdf
14. Mulvale, G. et M. Bartram, M.(2009). « Recovery in the Canadian context: Feedback on the framework for mental health strategy development », Canadian Journal of Community Mental Health (Revue canadienne de santé mentale communautaire), vol. 28, no 2, p. 7-15.
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16. Fukui, S., Davidson, L., Holter, M. et C. Rapp (2010). « Pathways to Recovery (PTR): Impact of peer-led group participation on mental health recovery outcomes », Psychiatric Rehabilitation Journal, vol. 34, no 1, p. 42-48.
17. Higgins, A., Callaghan, P., deVries, J., Keogh, B., Morrissey, J., Nash, M., Ryan, D., Gijbels, H. et T. Carter (2012). « Evaluation of mental health recovery and Wellness Recovery Action Planning education in Ireland: A mixed methods pre-post evaluation », Journal of Advanced Nursing, vol. 68, no 11, p. 2418-2428.
18. Starnino, V., Mariscal, S., Holter, M., Davidson, L., Cook, K. Fukui, S. et C. Rapp (2010). « Outcomes of an illness self-management group using Wellness Recovery Action Planning », Psychiatric Rehabilitation Journal, vol. 34, no 1, p. 57-60.
19. Cook, J., Russell, C., Grey, D., et J. Jonikas (2008). « Economic grand rounds: A selfdirected care model for mental health recovery », Psychiatry Services, vol. 59, no 6, p. 600-602.
20. Kidd, S.A. et G. Mihalakakos (2012). « Bringing Narratives onto Inpatient Units: A Method for Enhancing Care », Psychosocial Rehabilitation Canada Annual Conference, Vancouver (C.-B.).
21. Brink, J., Livingston, J., Calderwood, C., Hediger, M., Kinvig, D., Robinson, N., Sharifi, N., Nijdam-Jones, A. et S. Lapsley (2011). The Patient Engagement Project at the BC Forensic Psychiatric Hospital, BC Mental Health et Addiction Services et la Fondation canadienne pour la recherche sur les services de santé.

La production de cet article À bas les mythes a été rendue possible grâce à une contribution financière de la Commission de la santé mentale du Canada. Les articles À bas les mythes sont publiés par la Fondation canadienne pour l’amélioration des services de santé (FCASS) après avoir été revus par des spécialistes du sujet. La FCASS a pour mandat d’accélérer l’amélioration et la transformation des services de santé pour les Canadiens et les Canadiennes et est financée selon une entente avec le gouvernement du Canada. Les opinions exprimées par les personnes qui distribuent ce document ne représentent pas nécessairement celles de la FCASS ou du gouvernement du Canada. © 2012.