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Mythe : Le vieillissement de la population est responsable de la hausse incontrôlable des coûts de la santé

by admin admin | févr. 22, 2011
Il ne faut pas penser que les dépenses liées aux soins de santé augmenteront de manière incontrôlable simplement parce que les personnes âgées sont plus nombreuses. Selon les experts, rien ne justifie ce qu’on appelle parfois l’« angoisse existentielle des baby-boomers ».
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La fin du mythe — janvier 2002
Le mythe s’effondre à nouveau! Février 2011

Fait : alors que les baby-boomers atteignent l’âge de la retraite, le pourcentage de Canadiens de 65 ans et plus s’accroît.

Fait : les personnes âgées ont besoin de plus de services médicaux que les plus jeunes.

Ces bribes de réalité réunies font apparaître une image effrayante, où les coûts des soins de santé requis pour la population vieillissante gonflent jusqu’à ce que le système de santé soit incapable de les contenir, et l’oblige à réduire les services ou à hausser l’impôt. Mais, il ne faut pas penser que les dépenses liées aux soins de santé augmenteront de manière incontrôlable simplement parce que les personnes âgées sont plus nombreuses. Selon les experts, rien ne justifie ce qu’on appelle parfois l’« angoisse existentielle des baby-boomers ».

LE COÛT DU VIEILLISSEMENT

Habituellement, les coûts liés aux soins de santé augmentent avec l’âge. Lorsque, en 2002, la Fondation canadienne de la recherche sur les services de santé a, pour la première fois, détruit ce mythe, le Canada dépensait 8 208 dollars par année par personne âgée comparativement à 1 428 dollars (en dollars de 2008) par personne de moins de 65 ans. En 2008, ces chiffres étaient passés à 10 742 dollars et à 2 097 dollars, respectivement. Chez les aînés plus âgés, ces données sont encore plus révélatrices. Les personnes de 80 ans et plus coûtent au système 18 160 dollars par habitant, soit trois fois plus que les personnes âgées de 65 à 69 ans[i].

Les estimations sur l’impact du vieillissement de la population sur les coûts de la santé varient considérablement, certaines prédisant des jours très sombres, et d’autres, des répercussions sans importance[ii]. Seul le temps nous le dira. Mais il reste que l’établissement de prédictions crédibles est un élément essentiel de la planification responsable des systèmes de santé.

Certaines des meilleures recherches sur le sujet révèlent que, bien que les coûts liés aux soins de santé augmenteront au fur et à mesure que les baby-boomers avanceront en âge, le vieillissement de la génération du baby-boom aura de modestes répercussions, comparativement à d’autres générateurs de coût, comme l’inflation et l’innovation technologique[iii;iv]. Selon les modèles économiques, la croissance des coûts de la santé engendrée par le vieillissement de la population sera d’environ un pour cent par année entre 2010 et 2036[v] (même si certains soutiennent que les hypothèses utilisées dans ces modèles amènent des prédictions favorables). Ce chiffre modeste peut être, certes, rassurant, mais, si l’on tient compte de l’ampleur du financement accordé par l’État pour les dépenses en santé, lequel dépassait 120 milliards de dollars en 2008 [i], une hausse d’à peine un pour cent signifie beaucoup d’argent.

VIEILLISSEMENT ET VIABILITÉ

La question de l’âge et de la prestation de services de santé s’aborde de deux façons. Premièrement, plus nous vieillissons, plus nous avons besoin de soins de santé. Bien que l’utilisation des services de santé par la population générale n’ait jamais été aussi vaste, les personnes âgées ont besoin, toutes proportions gardées, de plus de services médicaux que les jeunes, ce qui explique que les aînés coûtent plus cher au système. Les personnes âgées sont plus susceptibles que les jeunes de souffrir d’une maladie chronique (et parfois de plus d’une), comme les maladies cardiaques, la démence et le diabète. Leurs séjours à l’hôpital sont donc plus longs, et leurs visites chez le médecin, plus fréquentes[vi]. Les personnes qui souffrent de maladies chroniques multiples doivent, bien souvent, consommer plusieurs médicaments différents pour traiter chacune de celles-ci. La recherche a montré que la prise en charge de ces schémas thérapeutiques est, dans bien des cas, déficiente, ce qui entraîne des effets indésirables dus à la prise de médicaments et de nouvelles hospitalisations[vii].

Pour ce qui est de la viabilité, c’est la croissance sans cesse plus rapide de l’utilisation des soins de santé selon l’âge, dans la population de personnes âgées, qui semble préoccupante. D’après plusieurs études, le recours, par habitant, aux médecins, chirurgiens et diagnosticiens s’accroît avec l’âge, et les services fournis aux personnes âgées sont, dans l'ensemble, plus coûteux[viii]. De nos jours, une personne de 80 ans est deux fois plus susceptible de subir une chirurgie de la cataracte, une arthroplastie du genou ou un pontage coronarien qu’elle ne l’était en 1990[ix].

L’augmentation de l’utilisation est, d’une part, attribuable aux progrès de la médecine et aux avancées technologiques (par ex. équipement utilisé pour appliquer de nouvelles techniques chirurgicales ou hausse du recours à l’imagerie médicale)[x]. D’autre part, elle est associée aux besoins de soins de santé selon l’âge, qui se multiplieront au même rythme que le vieillissement de la population (par ex. le nombre d’aînés atteints de démence est censé doubler d’ici 2038)[xi]. Si aucune modification n’est apportée aux politiques, à la prestation des soins, à la prévention et au traitement des personnes souffrant de démence, les implications économiques de l’utilisation massive des services de santé risquent d’être désastreuses.

Deuxièmement, vieillir coûte cher. La recherche montre que les coûts liés aux soins de santé augmentent durant les dernières années de la vie—et, évidemment, plus nous vieillissons, plus le taux de mortalité croît[xii]. En effet, l’utilisation élevée (et croissante) des services de santé par les personnes âgées est, sous plusieurs aspects, le reflet de l’accroissement du taux de mortalité. 

LA RESTRUCTURATION DES SOINS POUR LES PERSONNES ÂGÉES

Si l’on veut éviter que le recours aux soins de santé en fonction de l’âge ne s’emballe, on doit prendre des décisions difficiles, qui donneront peut-être lieu à un désengagement de l’État dans certains services et des investissements accrus dans d’autres. La conception de systèmes adaptés aux soins des aînés est une autre de ces mesures. On peut soutenir que les personnes âgées sont trop nombreuses à se retrouver dans les établissements de soins actifs parce qu’aucun soutien communautaire (qu’il s’agisse d’établissements de soins, de logement avec assistance ou de soins à domicile) n’est accessible. Notre dépendance aux lits pour patients nécessitant d’autres niveaux de soins (ANS) (c.-à-d. patients nécessitant des soins non actifs occupant des lits de soins actifs, en attendant d’être admis ailleurs)[xiii] montre l’importance de développer les services de soins continus.

L’intégration de la prestation des soins continus est susceptible de générer des économies de coûts non négligeables, de faire réaliser des économies aux systèmes et d’améliorer la qualité des soins et la satisfaction des soignants [xiv;xv;vi]. L’éducation, le recrutement et le maintien en poste afin d’aider le soutien à domicile sont des éléments essentiels du développement de la stratégie en matière de ressources humaines visant à répondre aux besoins de soins des personnes âgées, tout en contrôlant les coûts.

CONCLUSION

Bien que l’impact du vieillissement de la population comme tel ne mette pas en faillite le système de soins de santé, on doit arriver à contrôler les coûts selon l’âge, en particulier ceux qui se rapportent à la mort et au décès. Nous pouvons nous réjouir, toutefois que, en apportant des changements rationnels à la prestation des soins pour les aînés, nous serons à même de gérer les problèmes liés au vieillissement de la population. Nous devons nous pencher avant tout sur les autres problèmes — la croissance des coûts des services de santé et de ceux découlant de l’innovation technologique, notamment — que sont les générateurs de coûts et qui font grimper les dépenses.

AVIS DE NON-RESPONSABILITÉ

Les articles À bas les mythes sont publiés par la Fondation canadienne de la recherche sur les services de santé après avoir été revus par des spécialistes du sujet. La FCRSS est un organisme indépendant et sans but lucratif financé dans le cadre d’une entente conclue avec le gouvernement du Canada. Les opinions exprimées par les personnes qui distribuent ce document ne reflètent pas nécessairement celles de la Fondation canadienne de la recherche sur les services de santé. © 2011.

BIBLIOGRAPHIE

i Institut canadien d’information sur la santé (2010). Tendances des dépenses nationales de santé, 1975 à 2010, Ottawa, Canada, ICIS.

ii Infrastructure Canada. (2010). Vieillissement de la population et infrastructures publiques : Une analyse documentaire des effets dans les pays développés, Ottawa, Canada, Gouvernement du Canada.

iii Evans, R.G. (2010). Sustainability of health care: Myths and facts. Consulté le 15 septembre 2010.

iv Constant, A., S. Petersen, C.D. Mallory et J. Major, J. (2011). Research synthesis on cost drivers in the health sector and proposed policy options, Série de rapports de la Fondation canadienne de la recherche sur les services de santé sur les facteurs de coût et l’efficacité du système de santé : Article 1, Ottawa, Canada, Fondation canadienne de la recherche sur les services de santé.

v Mackenzie, H. et M.M. Rachlis (2010). Viabilité du régime d’assurance-maladie, Fédération canadienne des syndicats d’infirmières et d’infirmiers. Consulté le 27 août. 

vi Denton, F.T. et B.G. Spencer (2010). Chronic health conditions: Changing prevalence in an aging population and some implications for the delivery of health care services, Canadian Journal on Aging, vol. 29, 11-21.

vii Institut canadien d’information sur la santé (2011). Les personnes âgées et le système de santé : quelles sont les répercussions des multiples affections chroniques?, Ottawa, Canada, ICIS.

viii Barer, M.L., R.G. Evans, K.M. McGrail, B. Green, C. Hertzman et S.B. Sheps (2004). Beneath the calm surface: the changing face of physician-service use in British Columbia, 1985/86 versus 1996/97, Journal de l’Association médicale canadienne, vol. 170, 803-807.

ix Lee, M. (2007). How sustainable is Medicare? A closer look at aging, technology and other cost drivers in Canada’s health care system, Vancouver, Canada, Canadian Centre for Policy Alternatives.

x Institut canadien d’information sur la santé (2008). L’imagerie médicale au Canada, 2007, Ottawa, Canada, ICIS.

xi Société Alzheimer du Canada (2010). Raz-de-marée : Impact de la maladie d’Alzheimer et des affections connexes au Canada. Consulté le 20 décembre 2010.

xii Payne, G., A. Laporte, D. K. Foot et P.C. Coyte (2009). Temporal trends in the relative cost of dying: Evidence from Canada, Health Policy, vol. 90, 270-276.

xiii Velhi, K. (2010). Présentation aux cafés scientifiques des ISRC, Qui prendra soin de moi dans mes vieux jours? – Les conséquences du vieillissement de la population sur le système de santé canadien, 24 novembre 2010.

xiv Hollander, M. J. et N. Chappell, (2002). Final report of the national evaluation of the cost-effectiveness of home care, Victoria, C.-B., National Evaluation of the Cost-Effectiveness of Home Care.

xv Hollander, M.J., N. L. Chappell, M. J. Prince et E. Shapiro (2007). Providing care and support for an aging population: Briefing notes on key policy issues. Healthcare Quarterly, vol. 10, no 3, 34-45.