MYTHE : Les nouveaux médicaments ou instruments médicaux sont toujours plus efficaces

par admin admin | mars 13, 2013
Qu’il s’agisse de services de santé, nous avons tendance à croire que plus ils sont récents, plus ils seront performants, sûrs et efficaces. Alors que nombreux médicaments et instruments sont approuvés chaque année, il convient d’éplucher l’affirmation que ce qui est nouveau est toujours mieux (et vaut le surcoût). Or, selon la recherche, les médicaments et les instruments déjà disponibles peuvent s'avérer tout aussi efficaces et sécuritaires – sinon mieux – et moins chers que les nouveaux.
La fin d'un mythe - mars 2013

« L’attrait de la nouveauté » est une simple erreur de raisonnementque nous avons probablement tous commise. Qu’il s’agisse de biensde consommation (voitures, téléphones cellulaires, ordinateurs, téléviseurs) ou de services de santé, nous avons tendance àcroire que plus ils sont récents, plus ils seront performants, sûrs etefficaces9

Alors que nombreux médicaments et instruments sontapprouvés chaque année15, il convient d’éplucher l’affirmation que cequi est nouveau est toujours mieux (et vaut le surcoût). Or, selon la recherche, les médicaments et les instruments déjà disponiblespeuvent s’avérer tout aussi efficaces et sécuritaires – sinon mieux –et moins chers que les nouveaux7, 8, 22.

OPTIMISER L'EFFICACITÉ ET LA SÉCURITÉ

Le processus d’approbation des médicaments au Canada se dérouleen plusieurs étapes. Les fabricants de médicaments doivent démontrer, dans un premier temps, l’efficacité de leur nouveau médicament par rapport à un placebo7, puis que leurs bienfaits sont comparables ou supérieurs à ceux des thérapies existantes11.Cependant, ce processus ne garantit pas nécessairement que les nouveaux médicaments seront plus efficaces (et plus sécuritaires) que ceux déjà sur les étagères des pharmacies. En effet, les essais cliniques sont parfois de courte durée ou n’incluent pas des groupes particuliers comme des patients d’un certain âge 23. Aussi est-il difficile de prévoirtous les effets probables d’un nouveau médicament avant qu’il ne soitaccessible au public18, 5, ce qui explique l’apparition de certains effets indésirables des médicaments qu’après leur mise sur le marché18.Selon une étude récente sur des médicaments approuvés au Canada entre 1995 et 2010, environ un médicament sur quatre posait un risque majeur pour la santé16.

En outre, les nouveaux médicaments ne constituent pas toujours denouvelles « entités moléculaires »18, 1, mais ont été reformulés (p. ex., les versions à libération prolongée de certains produits pharmaceutiques) ou « repositionnés » pour traiter d’autres affections 4. Bien que ces « nouvelles » molécules soient parfois cliniquement plus efficaces , leur coût est souvent plus élevé10.La reformulation ou le repositionnement des médicaments prolongela durée des brevets, retardant ainsi l’accès au marché des versions génériques moins onéreuses21 et augmentant les coûts pour les patients, les systèmes de santé et la société10.

REVISITER LA TRADITION À LA LUMIÈRE DES DONNÉES PROBANTES

« L’attrait de la tradition » ou le mythe que ce qui existe depuis longtemps est nécessairement meilleur est un autre sophisme à revisiter. De nombreux nouveaux médicaments et instruments procurent en effet des bienfaits considérables. Grâce à l’avancée des technologies pharmaceutiques, plusieurs catégories de médicaments sont aujourd’hui plus efficaces que leurs prédécesseurs (p. ex., les antipsychotiques) et des maladies auparavant incurables peuvent désormais être contrôlées avecdes médicaments (p. ex., le VIH/sida)6. Une étude réalisée en 2010 montre d’ailleurs une corrélation très forte entre l’innovation pharmaceutique et la diminution du taux demortalité, surtout chez les jeunes19. Comme l’âge d’une technologie médicale nous en dit très peu sur sa rentabilité ou son innocuité, le meilleur moyen d’en déterminer la valeur estde s’en remettre aux données probantes disponibles.

Il est devenu important d’établir la valeur relative d’un médicament ou d’un instrument, vu l’augmentation du coût d’un investissement dans de nouvelles technologies et de son coût d’opportunité22, 20, ce qui explique l’essorde l’évaluation des technologies de la santé (ETS) au cours des dernières années17, 2. L’ETS analyse les données probantes pour s’assurer que les Canadiens utilisent les technologies les plus efficaces et les plus abordables indépendamment de leur date de mise au point.

ANALYSER LES DONNÉES

De nombreux organismes de santé au Canada, dont l’Agence canadienne des médicaments et des technologies de la santé (ACMTS), Qualité des services de santé Ontario12 et l’Institut national d’excellence en santé et enservices sociaux du Québec14 ont recours à l’ETS pour comparer des médicaments et des instruments. Grâce à l’ETS, les experts peuvent établir la valeur d’une technologie en se fondant sur des données probantes et nonpas sur l’âge de cette dernière.

Par exemple, selon une étude publiée en 2011 par l’ACMTS, les nouveaux appareils d’IRM (imagerie par résonance magnétique) dotés d’aimants pluspuissants permettent de réduire la durée des examens et donnent de meilleures images par rapport aux modèles précédents3. La même étude sousentendait toutefois que, au regard du coût élevé de nouveaux équipement,l’âge de l’appareil n’avait aucune incidence sur la justesse du diagnostic ou les résultats cliniques de la plupart des maladie3. Or, comme ce secteur est en plein essor technologique, il faudra réévaluer les conclusions de cette étude dans quelques années.

Par ailleurs, une étude de 2012 de Qualité des services de santé Ontario acomparé l’utilisation de dispositifs de télésurveillance aux consultations de suivi traditionnelles pour les patients porteurs d’un dispositif cardiovasculaireélectronique implantable (p. ex., un stimulateur cardiaque), et a constaté quel’utilisation de la télésurveillance avait permis de diminuer considérablemen tla fréquence des visites dans la première année après l’implantationdu dispositif, d’accroître le taux de dépistage d’événements cliniques significatifs (p. ex., fréquence cardiaque accrue chez un patient ou faibles sede la batterie d’un dispositif) et de réduire le délai de prise en charge médicale de ces événements 13. Ces études montrent clairement que l’âge d’une technologie importe moins que les bienfaits qu’elle apporte aux patients.

CONCLUSION

« L'innovation », une notion relative, n'est pas toujours synonyme de « mieux » et peut avoir un prix s’agissant de médicaments et d'instruments médicaux. Favoriser toujours les nouvelles technologies peut conduire à une utilisation sous optimale des fonds de santé et représenter un risque pour les patients. Le recours à l'évaluation des technologies de la santé pour choisir les technologies les plus efficaces médicalement et économiquement (quel que soit leur âge) est essentiel pour maîtriser les dépenses de santé et garantir aux patients les meilleurs soins possibles.

La production de cet article À bas les mythes a été rendue possible grâce à une contribution financière de l'Agence canadienne des médicaments et des technologies de la santé.

RÉFÉRENCES

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