Engager la conversation sur l’amélioration

Comment l’amélioration se produit-elle? Cette question apparemment simple demeure souvent sans réponse, surtout compte tenu de notre système de santé vaste et assez complexe. Cependant, nous savons tous, dans les faits, que partout au Canada, les idées se transforment en des innovations qui ont des répercussions durables sur la vie des communautés et des individus. Alors, comment les gens et les organismes en viennent à comprendre non seulement ce qui doit être fait, mais aussi qu’il faut agir pour que cela se réalise?

Le point de départ est une conversation

Pour le Victoria Glen Manor (VGM) – un foyer de soins de 60 lits situé à Perth-Andover au Nouveau-Brunswick – l’amélioration a commencé par une conversation.

Un nombre considérable de résidents du VGM, comme dans plusieurs établissements de SLD au Canada d’ailleurs, prenaient des antipsychotiques sans avoir de diagnostic de psychose. Dans plusieurs cas, ces médicaments ont été prescrits avant l’arrivée du résident au VGM et dans d’autres, ils l’ont été dans le cadre de la stratégie du VGM pour aider à gérer les comportements associés à la démence (comme la violence verbale et physique).

 

Bien que les taux varient grandement entre les foyers de SLD ainsi qu’entre les provinces et territoire au Canada, plus d’une personne âgée en SLD sur quatre prend des antipsychotiques sans qu’un diagnostic de psychose soit établi.

 

À l’instar du personnel de nombreux établissements de SLD au Canada, l’équipe de soins du VGM a accepté, à juste titre, cette « culture de prescription » tout simplement comme une pratique commune… jusqu’à ce que les employés aient commencé à remettre en question le statu quo en amorçant une conversation qui a été motivée par un projet d’amélioration entrepris presque quatre ans plus tôt et à plus de 3 000 km.

Racines winnipegoises

En 2011, Joe Puchniak et Cynthia Sinclair – à l’époque, gestionnaires du Programme de foyers de soins personnels de l’Office régional de la santé de Winnipeg (ORSW) – ont pris part au programme FORCES de formation pour cadres de 14 mois de la FCASS. En vertu du programme FORCES, des dirigeants de partout au Canada se réunissent pour acquérir des compétences et des connaissances et travailler en collaboration afin de concevoir, mettre en œuvre et évaluer des initiatives d’amélioration portant sur une priorité ou un enjeu clinique urgent à l’échelle organisationnelle, régionale ou provinciale/territoriale. Dans leur projet d’amélioration FORCES, Sinclair et Puchniak ont présenté une méthode de réduction de la prescription inappropriée qui reposait sur le renforcement de la capacité du personnel à utiliser des données pour éclairer la planification des soins ainsi que pour mieux comprendre les comportements des résidents et y faire face grâce à la mise en œuvre des approches de soins adaptées et centrées sur la personne. En six mois, on a retiré des antipsychotiques à 27 % du groupe de résidents faisant l’objet de suivi dans un foyer de soins personnels sans augmentation des symptômes comportementaux ou de l’utilisation des contentions physiques. Alors que la vie des patients et des familles s’est améliorée et que les membres du personnel de première ligne ont été habilités, le projet a généré des économies de 10 000 $.

Compte tenu de ces résultats remarquables, on a élaboré un plan d’activités afin de mettre en œuvre le projet d’amélioration dans les 38 autres foyers de soins personnels de l’Office régional de la santé de Winnipeg. En 2014, le projet d’amélioration FORCES de Sinclair et Puchniak a servi de base au projet collaboratif Réduire le recours aux antipsychotiques en soins de longue durée de la FCASS.

Miser sur la réussite

En 2014, la FCASS a lancé le projet collaboratif pancanadien Réduire le recours aux antipsychotiques en soins de longue durée pour diffuser cette innovation. Cinquante-sept établissements de SLD dans sept provinces et un territoire du Canada ont participé à l’adoption d’une méthode d’utilisation des données pour éclairer la planification des soins, les examens réguliers des médicaments, le travail en équipe multidisciplinaire, la participation des familles et la mise en œuvre par le personnel de première ligne d’approches de soins centrés sur la personne et adaptés aux résidents. Il en résulte que plus de 50 % des résidents ciblés du projet collaboratif pancanadien ont cessé de prendre des antipsychotiques ou en ont réduit considérablement la dose, et ce, sans une augmentation globale des chutes ou des comportements difficiles. Les membres de famille et les fournisseurs de soins ont décrit à quel point l’initiative a amélioré les soins pour les résidents et ont changé la culture de prescription de ces organisations.

Amener la conversation au Victoria Glen Manor

En 2016, avec le soutien financier du gouvernement du Nouveau-Brunswick, la FCASS et l’Association des foyers de soins du Nouveau-Brunswick soins (AFSNB) ont commencé à collaborer pour améliorer les soins de la démence dans le cadre du projet collaboratif Utilisation appropriée des antipsychotiques au Nouveau-Brunswick.

Alors que les nouvelles sur le projet collaboratif se propagent au Nouveau-Brunswick, la direction du VGM a commencé à poser des questions importantes : pourrions-nous former notre personnel à mieux utiliser les données pour éclairer les soins et la planification? Pouvons-nous renforcer la capacité à comprendre les comportements résidents – comme la violence verbale – et à y répondre en diminuant l’utilisation des antipsychotiques et en offrant des soins plus appropriés? Est-ce que cela contribuerait à améliorer la qualité de vie de nos résidents et leur famille?

Comme par hasard, VGM n’a pas eu à attendre longtemps pour avoir un avant-goût de réponse à leurs questions.

Dans le cadre du travail du projet collaboratif UAA-NB, les employés du VGM ont assisté à un atelier d’introduction à Fredericton où ils ont entendu l’ancien ministre du Nouveau-Brunswick, Eugene McGinley – dont la sœur Anna Hanley (1923-2016) avait participé à un programme de réduction des antipsychotiques au Centre de soins York – raconter son histoire.

 

La recherche montre que les médicaments antipsychotiques sont peu efficaces dans la gestion des symptômes psychologiques et comportementaux associés à la démence et sont corrélés à une détérioration des fonctions cognitives ainsi qu’à des effets indésirables graves.

 

M. McGinley a dit à l’auditoire de 15 équipes du projet collaboratif que même si Anna n’avait jamais reçu un diagnostic de psychose, elle prenait des antipsychotiques et semblait « molle » quand il lui rendait visite. Toutefois, lorsque les employés du Centre de soins York ont mis en pratique les compétences qu’ils ont apprises – travailler avec des médecins et des pharmaciens pour titrer en toute sécurité des antipsychotiques et adopter des thérapies alternatives pour traiter le comportement d’Anna, par exemple – elle était aussitôt plus calme, ses yeux pétillaient de nouveau et elle redevenait « Anna ».

Être Anna

Being Anna Program

Lorsque les membres du personnel du VGM retournaient à Perth-Andover, il ne s’agissait plus, pour ce qui est de la conversation, de savoir ce qu’il faut faire, mais de se concentrer sur la façon d’y arriver. Ils avaient aussi un nom pour leur nouveau programme, « Being Anna ».

Étant l’une des 15 équipes néo-brunswickoises de la première phase du projet collaboratif (les autres 50 foyers de soins du Nouveau-Brunswick devraient s’y joindre l’année prochaine), le VGM a pour but d’améliorer les soins en réduisant le recours aux antipsychotiques pour les résidents sans diagnostic de psychose de 20 % au moment de référence à moins de 11 % d’ici 2017.

Le 20 juillet de cette année, le VGM a lancé son initiative dans le cadre d’une fête de déploiement avec le personnel, les résidents, les familles et la communauté. Son approche de l’amélioration comprend des réunions de concertation hebdomadaires du personnel, des séances de formation de tout le personnel pour renforcer les capacités d’interpréter des comportements d’interprétation, à l’aide des données pour éclairer la planification des soins et la mise en œuvre des approches de soins centrés sur la personne. Jamais à court d’idées créatives, VGM a également introduit des jours dédiés à des thèmes novateurs, demander par exemple au personnel de « se mettre à la place des résidents » pour mieux comprendre l’expérience individuelle.

À suivre…

La phase I du projet collaboratif UAA-NB durera jusqu’en mai 2017 – alors comment la conversation qui mène à cette histoire d’amélioration se terminera-t-elle? Nous avons l’impression que ce sera une fin heureuse de « conte de fées ».

Being Anna Team

Parmi les participants au lancement du 20 juillet du programme pilote de réduction du recours aux antipsychotiques « Being Anna » figuraient, de gauche à droite : Eugene McGinley, dont la sœur Anna Hanley (1923-2016) avait participé à un programme de réduction des antipsychotiques au Centre de soins York; Sheila Cummings, mairesse adjointe, Village de Perth-Andover; Josée Beaulieu, directrice des soins infirmiers, VGM; Julie Weir, infirmière-ressource en soins cliniques, Association des foyers de soins du Nouveau-Brunswick (AFSNB); Donna Miller-Wallace, directrice générale, VGM; Jodi Hall, directrice des opérations, Association des foyers de soins du Nouveau-Brunswick; Ronald Cummings, président du Conseil d’administration, VGM
(photo : gracieuseté du VGM).