Entrevue de la FCASS Marilyn El Bestawi

janvier 2016

Improvement-Conversations-Marilyn-El-Bestawi


Occasionnellement, nous nous entretenons avec des chefs des projets récents et en cours, soutenus par la FCASS.

Ce mois-ci, nous présentons Marilyn El Bestawi, un cadre supérieur des soins de santé qui, tout au long de sa carrière, a travaillé tant dans des hôpitaux communautaires que dans des hôpitaux universitaires. Elle a occupé un vaste éventail de postes, allant de celui d’infirmière soignante à celui de haut responsable : elle a été notamment chef de direction des soins infirmiers pendant un an.


Au cours de sa participation au programme de bourse FORCES de 2011, Marilyn a élaboré un outil novateur pour prévenir les visites évitables des résidents des établissements de soins de longue durée aux services d’urgence. En novembre 2015, elle a été invitée à présenter son innovation à la conférence This is Long Term Care de l’OLTCA (Ontario Long Term Care Association ou Association des soins de longue durée de l’Ontario) dans le cadre du Spread and Scale Innovators’ Den et s’est vue décernée le premier prix dans la catégorie Diffusion et mise à l’échelle.

Quel est le principal problème que votre innovation résoudra?

J’ai élaboré PREVIEW-ED, qui est un outil fondé sur la recherche, pour aider le personnel de soins de longue durée à détecter les premiers stades de la détérioration de la santé chez les résidents des SLD, une détérioration qui passe souvent inaperçue, parce que les signes avant-coureurs sont très subtils.

Selon la littérature, pendant une période de six mois en 2005, un quart des résidents de SLD en Ontario se sont rendus aux urgences au moins une fois. Or, près de 25 % de ces premières visites ont été classées comme étant évitables. Aussi est-il essentiel de détecter la détérioration de la santé au début et de prendre les mesures nécessaires avant qu’un résident ne soit transféré aux urgences.

Une fois aux urgences, les résidents sont souvent exposés à des risques associés à des complications nosocomiales, comme le délire, les escarres, les chutes ou les infections qui pourraient avoir des conséquences graves, voire mortelles, sans compter l’importance du coût en termes de qualité de vie et du poids économique des hospitalisations évitables.

Pouvez-vous nous décrire le fonctionnement de votre outil?

L’outil, nommé PREVIEW-ED, guide les préposés aux services de soutien personnel (PSSP), par le biais d’une simple évaluation basée sur leurs observations quotidiennes des résidents, dans l’appréciation des changements chez ces derniers ainsi que dans les instructions concernant les mesures à prendre.

Les PSSP fournissent généralement environ 75 % des soins directs dans les établissements de SLD. Comme l’outil est facile à utiliser, les PSSP n’ont besoin que de 8 à 15 secondes pour évaluer un résident chaque jour. Il est écrit dans un langage clair et les mesures qui y sont intégrées reposent sur des paramètres de notation simples et validés scientifiquement.

Les résultats du projet pilote sont prometteurs, parce qu’on a enregistré une diminution de 57 % des transferts à l’hôpital en raison de quatre maladies qui représentent 49 % des hospitalisations potentiellement évitables, à savoir la pneumonie, l’infection des voies urinaires, la déshydratation et l’insuffisance cardiaque congestive.

Comment votre innovation améliore-t-elle les soins pour les patients, les familles et les aidants naturels?

En évitant les visites inutiles aux urgences, les résidents peuvent recevoir un traitement dans un environnement familier, avec le personnel qui les connaît, ce qui se traduit non seulement par une moindre détérioration physique et mentale pour les résidents, mais aussi par un moindre stress pour les membres de leur famille.

Pendant la phase d’essai de 90 jours, les familles ont soutenu ce nouvel outil ainsi que son impact potentiel sur l’amélioration de la qualité de vie de leurs proches dans un établissement de SLD.

Quelles sont les économies potentielles pour le système de santé?

Un modèle a été élaboré pour calculer les économies si l’outil est mis en œuvre dans tout le RLISS (Réseau local d’intégration des services de santé) du Centre-Toronto. Les économies annuelles estimées, à l’échelle du RLISS, sont de l’ordre de 500 000 $.

En Ontario, plus de 75 000 personnes âgées de 65 ans et plus vivent actuellement dans des établissements de SLD. Si cet outil est appliqué partout dans la province, le système pourrait réaliser des économies de 6,2 millions $ par année.

Dans quelle mesure le programme FORCES de la FCASS vous a-t-il aidée à concevoir, mettre en œuvre et évaluer cette innovation?

PREVIEW-ED a été élaboré dans le cadre des exigences du programme FORCES. Quand je commençais le programme FORCES, je savais quel était le problème organisationnel que je voulais résoudre, mais je n’avais aucune idée préconçue de la façon d’y parvenir. Grâce aux différents modules d’apprentissage, ainsi qu’à l’orientation et aux suggestions des enseignants experts et de deux incroyables mentors auxquels j’ai eu accès tout au long du programme, la solution a commencé à se profiler, puis a pris forme. L’élaboration de PREVIEW-ED s’apparentait de près ou de loin à une approche de recherche, car il a semblé nécessaire non seulement de concevoir l’outil, mais aussi de le mettre à l’essai. Ce fut d’ailleurs un territoire inconnu tant pour moi que pour le programme FORCES.

L’équipe de la direction et le personnel de soutien à la FCASS se sont montrés extrêmement favorables à mon égard, ainsi qu’à PREVIEW-ED. Ils m’ont invitée à présenter l’innovation à divers événements financés par la FCASS, y compris à leur Conseil d’administration.

Comment comptez-vous motiver les membres des équipes de soins à utiliser/mettre en œuvre votre innovation?

Les PSSP se sont dits très satisfaits de l’outil. Ils pouvaient comprendre la différence qu’une détection précoce de la détérioration de l’état de santé d’un résident pourrait faire dans la prévention d’un transfert à l’hôpital. Ils ont estimé que PREVIEW-ED les a dotés d’un mécanisme pour mieux exprimer les changements subtils qu’ils ont constatés dans l’état de santé des résidents. Les membres du personnel autorisé pour lesquels l’anglais est une seconde langue ont aussi indiqué que l’outil leur a donné des mots pour mieux exprimer les changements dans l’état d’un résident et communiquer plus facilement leurs préoccupations au médecin concerné. Quant aux médecins, ils ont apprécié l’information et la quantification accrues relativement à la détérioration de l’état de santé des résidents, ils peuvent ainsi déterminer les meilleures options de traitement.

Comment l’outil pourrait-il être diffusé et quels sont les problèmes potentiels de sa diffusion?

Le projet a, pour le moment, deux partenaires externes, à savoir l’Institut ontarien du cerveau et la Fondation canadienne pour l’amélioration des services de santé. En tant que conceptrice de cet outil, je serais impliquée de très près aux éventuelles initiatives de diffusion. Si l’outil continue de donner de bons résultats, le ministère de la Santé et des Soins de longue durée de l’Ontario pourra recommander son utilisation dans tous les établissements de SLD de la province.

L’outil peut être facilement reproduit dans tout établissement de SLD ou toute communauté. Les problèmes potentiels du déploiement de cette innovation ont principalement trait à l’état de préparation organisationnelle ainsi qu’à la participation des dirigeants et des médecins. Pour que la diffusion de l’outil soit couronnée de succès, il faut que des champions au sein de l’établissement de SLD soutiennent, communiquent et surveillent sa mise en œuvre.

Actuellement, quatre établissements de SLD en Colombie-Britannique discutent, de concert avec la Fraser Health, de la possibilité de mettre à l’essai PREVIEW-ED. S’ils obtiennent des résultats similaires à ceux du projet d’amélioration initial, je m’attends à ce que l’intérêt pour sa mise en œuvre augmente.