Entrevue de la FCASS avec Jennifer Donovan et Julie Coughran,
Centre de soins York, Fredericton (N.-B.)

septembre 2015

Improvement Conversations York Care Centre

Jennifer Donovan et Julie Coughran avec Anna , un résident au Centre de soins York.

Une nouveauté : occasionnellement, nous nous entretenons avec des chefs des projets en cours, soutenus par la FCASS. Ce mois-ci, nous présentons le Centre de soins York (CSY) à Fredericton, l’un des 15 organismes qui participent au projet collaboratif de la FCASS, Réduire le recours aux antipsychotiques en soins de longue durée. Jennifer Donovan, coordonnatrice de la recherche clinique et gestionnaire de projet, et Julie Coughran, chef de projet, du CSY décrivent les progrès de leur équipe face à l’utilisation inappropriée des médicaments antipsychotiques chez des résidents atteints de démence, depuis le lancement officiel du projet en septembre 2014. Le projet collaboratif d’amélioration de la qualité a été créé pour s’attaquer à un sérieux problème dans les établissements de soins de longue durée (SLD) au Canada, où un résident sur trois prend des médicaments antipsychotiques sans qu’un médecin ait établi un diagnostic de psychose.


Pouvez-vous décrire votre initiative et votre population cible?

Notre objectif était de diminuer de 25 % l’utilisation d’antipsychotiques chez les résidents de Birch Grove, notre unité des soins aux patients atteints de démence, qui étaient considérés comme pouvant faire l’objet de réduction. Lorsque nous verrons le succès dans cette unité, nous étendrions l’initiative de réduction à d’autres unités de notre établissement, Towers One, Two, Three et Dixon. Nos résidents ont commencé à prendre des antipsychotiques déjà chez eux ou à l’hôpital, en raison des comportements agressifs ou difficiles.

Quels sont leurs problèmes de santé les plus pressants, en plus de la démence?

La question des soins de santé la plus pressante au CSY est le temps qu’un résident doit attendre pour être admis dans un foyer de soins infirmiers et recevoir les soins professionnels dont il a besoin. Nous avons vu une tendance croissante d’admissions dans les établissements de SLD des résidents qui prennent déjà des antipsychotiques pour gérer leur comportement à domicile. Cependant, ils ne font l’objet d’aucun suivi afin de connaître la raison pour laquelle ils prennent un médicament donné et de vérifier si le médicament est toujours efficace. Les résidents se présentent au CSY avec un certain nombre de diagnostics médicaux complexes, dont la plupart ayant trait à la santé cardiaque et au diabète, en plus du risque élevé de chute et de comportement violent.

Pourquoi cette initiative est-elle importante pour le CSY?

Cette initiative est arrivée à point nommé, car il a été signalé que ces résidents atteints de démence n’ont pas été nécessairement réévalués après leur admission. Nous avons maintenant élaboré des politiques pour évaluer les médicaments antipsychotiques tant après l’admission que de façon continue. Nous voulions améliorer la qualité de vie des résidents atteints de démence ou de la maladie d’Alzheimer. Or, nous nous sommes rendu compte qu’un grand nombre des patients étaient dans un état léthargique et régressif quand ils utilisaient ces médicaments.

Avez-vous voulu mettre en œuvre ce type d’amélioration de la qualité déjà avant de vous joindre au projet collaboratif de la FCASS?

Au CSY, nous nous employons sans cesse à trouver de nouvelles façons innovatrices pour améliorer la qualité de vie des résidents. Or, nous savions que l’utilisation des médicaments antipsychotiques augmentait, entraînant une baisse de la qualité de vie et des capacités des résidents. Aussi avons-nous vu la nécessité de procéder à des examens officiels des résidents qui prenaient ces médicaments, en raison des effets secondaires graves associés à leur utilisation.

Comment avez-vous entendu parler de cette possibilité?

Barbara Burnett de l’Institut atlantique sur le vieillissement a parlé de cette possibilité à notre ancienne directrice des soins, Rayma O’Donnell, alors que nous participions à un projet similaire associé à l’initiative Leap pour la qualité des soins aux aînés (Senior Quality Leap Initiative [SQLI]). Lorsque nous en avons appris davantage sur l’initiative de la FCASS, nous avons compris que notre centre était le lieu indiqué pour lancer ce projet. Nous étions d’ailleurs ravis de faire partie du projet collaboratif national.

Quelles stratégies utilisez-vous pour assurer la pertinence des prescriptions et améliorer les soins aux résidents atteints de démence?

Grâce aux politiques et aux procédures en place, nous pouvons suivre de plus près les résidents auxquels on a prescrit des antipsychotiques. Le personnel a appris à utiliser les modèles de soins de la démence P.I.E.C.E.S.™ (physique, intellectuel, émotionnel, capacités, environnement, social) et U-First!, ce qui se traduit par de meilleurs soins et un recours moindre aux traitements médicamenteux pour les résidents souffrant de démence ou de la maladie d’Alzheimer. La compréhension des comportements a été essentielle dans la réduction des antipsychotiques. D’autres stratégies comprennent la concertation du personnel, la documentation des comportements et leur réévaluation constante, les mises à jour des plans de soins ainsi que la promotion de la participation des résidents à diverses activités avec le personnel responsable.

Décrivez vos résultats ainsi que vos plus grandes réussites à ce jour. Comment les patients ont-ils bénéficié de votre travail? Que représente ce projet pour les résidents et les familles touchés?

Nous avons vu une réduction de 56 % de l’utilisation des antipsychotiques à Birch Grove et avons réussi à élargir la réduction à l’ensemble de notre établissement. Par exemple, six (ou 28,6 %) de nos 21 résidents admissibles du Tower Two ont maintenant arrêté de prendre leurs médicaments antipsychotiques (Tower Two, l’unité des soins du comportement, a accueilli le plus grand nombre de résidents recevant des antipsychotiques). Certains des plus grands succès ont donné aux membres du personnel et des familles lieu de constater des changements positifs chez les résidents, à mesure qu’ils devenaient plus alertes et plus actifs. Voir la qualité de vie des résidents s’améliorer a certainement été le plus grand succès.

De quelle façon utilisez-vous les données interRAI pour votre projet?

Nous utilisons nos échelles de données interRAI pour enregistrer le niveau d’engagement social, de dépression, de comportements agressifs (physiques et verbaux), de douleur, d’usage de dispositifs de retenue ainsi que le nombre de chutes sur une période de 30 jours. Le suivi de ces statistiques à l’aide de notre ensemble de données nous a donné une perspective plus vaste des changements qui pourraient survenir avec la réduction des antipsychotiques.

Quels ont été vos plus grands défis et obstacles?

L’un de nos défis les plus importants était de faire participer des employés à l’initiative de réduction, mais une fois que nous les informions de la nature exacte du projet, ils se sentaient plus à l’aise. Le fait de les inclure à l’équipe et d’utiliser leur précieuse contribution les a rendus fiers des succès obtenus. Au cours de la diffusion, nous étions aux prises avec une épidémie de grippe, d’où des retards pour cause de maladie et de pénurie du personnel.

Dans quelle mesure les employés sont-ils impliqués? Est-ce que certains résistent à l’initiative, s’inquiétant que moins de médicaments signifient plus de travail pour eux?

Les employés ont dans un premier temps résisté à l’initiative, craignant qu’elle ne donne lieu à un surcroît de travail et à des problèmes de comportement. Cependant, une fois qu’ils ont été témoins des changements positifs dans leur unité et qu’ils ont entendu de leurs collègues des avantages similaires dans d’autres unités, ils étaient plus réceptifs. Nous leur avons également garanti qu’on rétablirait la posologie d’un résident si la réduction n’était pas couronnée de succès. Nous leur avons souligné que cela ne signifie pas un échec, mais simplement que le résident nécessite une dose donnée à un moment donné, ce qui les a rassurés. En fait, seuls quelques résidents ne toléraient pas une réduction et ont repris la dose antérieure. Les employés ont participé à la fourniture d’informations sur le comportement des résidents et ont pris part à la décision de l’équipe sur les résidents pouvant l’objet de réduction ainsi que sur le rythme de la réduction.

Qu’en est-il des médecins? Souscrivent-ils à ce projet et y participent-ils toujours activement?

On a mobilisé les médecins depuis le début. Certains, désireux de faire partie du projet, y participaient plus activement, mais tous s’y sont embarqués tout au long du processus et sont mis au courant des mises à jour du projet. Il existe d’ailleurs une relation de travail très étroite entre les employés autorisés et les médecins.

Votre haute direction vous appuie-t-elle? Que faites-vous pour qu’elle demeure engagée envers ce projet?

Notre haute direction a été extrêmement favorable. Nous avons eu la chance d’avoir une direction qui est engagée, qui demande des mises à jour hebdomadaires sur le projet et qui voit la valeur de la diffusion de cette initiative au sein de l’établissement.

En général, les familles et les amis vous appuient-ils? Comment réagissent-ils en voyant un être cher devenir soudainement plus alerte?

En général, les familles sont favorables. Quelques-unes ne comprennent pas, au départ, le but des médicaments ni l’objectif de les réduire, mais avec l’éducation et la sensibilisation, elles ont appuyé les changements dans la médication. Bien que certaines familles ne voient pas des changements immédiats, elles finissent toutes par être surprises de constater que leur être cher devient plus actif et plus alerte, qu’il prend part à la conversation et qu’il présente habituellement un niveau de « clarté » plus élevé lors des visites.

Dans quelle mesure le financement et le soutien de la FCASS vous aident-ils à atteindre vos objectifs?

Le financement de la FCASS a permis au personnel et à la coordonnatrice de l’unité Birch non seulement de se consacrer à l’examen des résultats et à la saisie des données, mais aussi de participer davantage dans les autres unités et de fournir de la formation tant aux collègues qu’aux membres de famille.

Comment comptez-vous assurer la formation du personnel et la pérennité des améliorations pour ces résidents?

Nous poursuivrons les services d’éducation et les mises à jour du projet. Quant aux nouveaux résidents, ils seront couverts par nos politiques d’évaluation.

Envisagez-vous la possibilité de diffuser votre travail à d’autres établissements au Nouveau-Brunswick?

Nous travaillons actuellement avec la FCASS pour présenter le succès de cette initiative au gouvernement, aux parties prenantes ainsi qu’à divers foyers de soins infirmiers. Nous espérons que d’autres établissements au Nouveau-Brunswick seront convaincus par nos coûts des médicaments qui sont plus faibles que les leurs, mais surtout par l’amélioration de la qualité de vie des résidents.