Entrevue de la FCASS avec Charmayne LeRuyet, chef de projet, Région sanitaire Regina Qu’Appelle (RSRQ)

juin 2015

interview-Charmayne-LeRuyet

L'équipe de projet Région sanitaire Regina Qu’Appelle
Dernier rang: Krysta Wisniewski, Cathy Billet, Tyler Chiddenton, Charlene Willems, Lisa Slusar. Premier rang: Charmayne LeRuyet, Gretta Lynn Ell, Julie Busch. Missing: Kyla Bereti.

Une nouveauté : occasionnellement, nous nous entretenons avec des chefs des projets en cours, soutenus par la FCASS. Ce mois-ci, nous présentons la région sanitaire Regina Qu’Appelle, l’un des 15 organismes qui participent au projet collaboratif de la FCASS, Réduire le recours aux antipsychotiques en soins de longue durée. Charmayne LeRuyet, chef de projet, décrit les progrès de son équipe face à l’utilisation inappropriée des médicaments antipsychotiques chez des résidents atteints de démence, depuis le lancement officiel du projet en septembre 2014. Le projet collaboratif d’amélioration de la qualité a été créé pour s’attaquer à un sérieux problème dans les établissements de soins de longue durée (SLD) au Canada, où un résident sur trois prend des médicaments antipsychotiques sans qu’un médecin ait établi un diagnostic de psychose.


Pouvez-vous décrire votre initiative et votre population cible?

En réponse à l’examen des résultats au regard des indicateurs de la qualité du RAI-MDS de l’établissement et en consultation avec la résidence pour personnes âgées Santa Maria, on a décidé d’aller de l’avant avec cette initiative d’amélioration de la qualité. La population cible était les résidents du deuxième étage, une unité de 49 lits. Trente-huit résidents ou 78 % de la population résidente de l’étage étaient à l’origine de l’indicateur de la qualité appelé « utilisation potentiellement inappropriée des antipsychotiques sans diagnostic ». Le plan consiste à reproduire et diffuser l’initiative aux 3e et 4e étages de Santa Maria, puis à d’autres établissements de soins de longue durée dans notre région.

Pourquoi cette initiative est-elle importante pour la RSRQ?

Notre région croit au principe « le patient d’abord… la sécurité en tout temps ». Notre objectif est de parvenir, d’ici 2017, à une culture de la sécurité avec une responsabilité partagée de l’élimination des défauts. La sécurité dans la façon dont nous prodiguons des soins à ceux que nous servons consiste, entre autres, à veiller à ce que la décision d’administrer un médicament antipsychotique soit fondée sur une évaluation et un diagnostic minutieux des conditions du résident en question ainsi que de ses besoins en soins. Cette initiative s’inscrit parfaitement dans cet objectif.

Avez-vous voulu mettre en œuvre ce type d’amélioration de la qualité déjà avant de vous joindre au projet collaboratif de la FCASS?

À l’échelle régionale, nous avions commencé à nous concentrer sur la nécessité d’élaborer un processus d’examen multidisciplinaire qui s’appliquerait à tous les traitements médicamenteux pour nous assurer que les décisions de prescription de médicaments sont fondées sur une évaluation rigoureuse et un diagnostic pertinent. Cependant, aucun processus formel n’avait été initié pour ce qui est des travaux d’amélioration de la qualité spécifiquement pour les médicaments antipsychotiques. Aussi a-t-on reconnu ici une possibilité d’amélioration.

Comment avez-vous entendu parler de cette possibilité?

Nous avons reçu de la FCASS un courriel de communication générale nous informant de cette initiative et invitant les autorités sanitaires intéressées à soumettre une proposition.

Quelles stratégies utilisez-vous pour assurer la pertinence des prescriptions et améliorer les soins aux résidents atteints de démence?

Avant la date de mise en service, il y avait un certain nombre d’activités de pré-mise en œuvre. Pour mobiliser le personnel de l’établissement, la direction a organisé des réunions d’information où elle a décrit le projet et a fourni de l’information comparant les résultats de Santa Maria au regard de l’indicateur de qualité « des antipsychotiques sans diagnostic » à la moyenne provinciale. La communication avec les médecins a été établie principalement par courrier électronique et ordinaire, et nous avons parlé avec notre conseiller médical.

Juste avant la création du projet, on a mis sur pied un sous-comité clinique de l’équipe de projet. Ce comité a examiné les nombreux outils qui sont disponibles pour évaluer les conditions et les besoins en soins des résidents ainsi que pour élaborer des plans de soins. On a établi l’ordre de priorité des outils et a offert de l’éducation sur la façon de les utiliser. On a aussi développé un algorithme, encourageant le personnel à suivre un processus de réduction normalisé. Avant qu’un résident se voie réduire ses médicaments, ses données cliniques ont fait l’objet de discussion dans des réunions de soins qui établissait le cycle d’évaluation et la planification des soins. Le personnel a été encouragé et aidé à participer activement à la planification des soins. L’équipe de projet a assisté aux réunions de soins et a fourni du soutien clinique et de l’expertise.

Décrivez vos résultats ainsi que vos plus grandes réussites à ce jour. Comment les patients ont-ils bénéficié de votre travail? Que représente ce projet pour les résidents et les familles touchés?

En date du 30 avril 2015, des 38 résidents on a arrêté la prise de médicaments antipsychotiques chez 28 et en a réduit graduellement celle chez cinq. Les réactions des familles sont neutres ou positives et la plupart sont très reconnaissantes d’avoir été informées tout au long.

De quelle façon utilisez-vous les données interRAI pour votre projet?

La saisie et l’examen des données interRAI étaient essentiels pour établir la base de référence au début de ce projet. Le trimestre après la collecte des données de référence était la phase de pré-mise en œuvre. La meilleure pratique en matière de réduction de médicaments est d’aller lentement et de réévaluer à chaque réduction. Selon l’information du MDS pour le trimestre suivant, il y avait peu de changement. Nous nous préparons actuellement à examiner les renseignements provenant du rapport du 2e trimestre de la FCASS et de les comparer à l’information de référence.

Quels ont été vos plus grands défis et obstacles?

Il y a eu des changements notables dans la direction de l’établissement, tant au niveau de l’unité qu’à celui de la haute administration. L’équipe de projet a offert avec constance leadership et direction au personnel de l’unité, ainsi qu’aux gestionnaires de l’établissement et aux hauts dirigeants. Avec le pourvoi des postes vacants de gestionnaire, l’équipe espère que la participation et l’engagement de la direction de l’établissement seront plus actifs. On s’est également donné comme objectif d’habiliter les employés à prendre en main cette initiative et à faire des pratiques qui sont liées à la réduction du recours aux médicaments antipsychotiques une partie intégrante de leur travail quotidien.

Une constatation très importante s’est dégagée : avec la réduction de leurs médicaments antipsychotiques, les résidents commencent à verbaliser leur ennui, ce qui conduit la direction de l’équipe et de l’établissement à examiner les changements qui doivent être apportés aux pratiques habituelles ainsi qu’à soutenir le personnel de l’unité en lui permettant de faire preuve de souplesse et de créativité dans, entre autres, la modification des plans de soins et l’élaboration des trousses d’outils afin qu’il puisse plus facilement faire participer les résidents à des activités et des conversations constructives.

Dans quelle mesure le personnel est-il impliqué? Est-ce que certains résistent à l’initiative, s’inquiétant que moins de médicaments signifie plus de travail pour eux?

La clé de la participation du personnel réside dans un engagement tangible de la haute direction et dans un leader solide au sein de l’unité. Il y avait, au début, des conflits lorsqu’un membre du personnel, qui avait déjà été désigné comme ayant la capacité de diriger cette initiative, a été incapable de répondre aux attentes. L’implication du personnel s’est améliorée grâce à la mise en place d’une nouvelle coordonnatrice des soins aux résidents au sein de l’unité et à la participation active de cette dernière dans l’équipe. La reconnaissance par l’équipe et les médecins ainsi que par les familles des progrès remarquables qui ont été réalisés dans la réduction du recours aux médicaments antipsychotiques a inculqué au personnel un sentiment de fierté et d’accomplissement.

Qu’en est-il des médecins? Souscrivent-ils à ce projet et y participent-ils toujours activement?

La direction de Santa Maria a rencontré récemment l’équipe principale de médecins. Deux médecins se sont ouvertement réjouis des résultats et continuent de soutenir l’initiative. En outre, Santa Maria a élaboré une politique selon laquelle il faut, avant la prise d’un nouveau médicament antipsychotique le soir, la nuit ou la fin de semaine, communiquer avec l’administration en service sur appel pour discuter plus amplement de la situation du résident en question. Cette politique a été entérinée par les médecins. Les membres de l’équipe se sont récemment réunis avec le département de psychiatrie pour partager les résultats du projet. Depuis sa création, deux psychiatres gériatriques ont rejoint le département et nous voulons tous travailler en plus étroite collaboration.

Votre haute direction vous appuie-t-elle? Que faites-vous pour qu’elle demeure engagée envers ce projet?

Oui, après de nombreuses discussions, nous sommes convaincus que la haute direction y est très favorable. Le rapport d’étape a été présenté simultanément à la FCASS et à la haute direction. Il a été largement reconnu que les résultats étaient positifs et très satisfaisants.

En général, les familles et les amis vous appuient-ils? Comment réagissent-ils en voyant un être cher devenir soudainement plus alerte?

Juste avant la création du projet, les membres de l’équipe ont assisté à une réunion du conseil des résidents pour expliquer le projet. Une étape essentielle de notre processus consiste à informer le contact principal de la famille avant de commencer à réduire les médicaments d’un résident. À chaque changement de médication, on téléphone au contact de la famille, lui fournit une mise à jour et lui demande son avis.

Quelle a été la valeur du projet collaboratif? Dans quelle mesure le financement et le soutien de la FCASS vous aident-ils à atteindre vos objectifs?

La FCASS a fourni le fonds initial de démarrage et continue à apporter son appui sous forme d’outils et de suggestions que partagent d’autres instances qui ont connu du succès dans leur mise en œuvre de la réduction de l’utilisation des médicaments antipsychotiques. La participation dans le projet collaboratif nous a aidés à maintenir le cap, grâce aux webinaires et à l’obligation de production de rapports. Les possibilités offertes par la FCASS d’apprendre d’autres initiatives semblables du projet collaboratif ont été précieuses.

Comment comptez-vous maintenir la formation du personnel et assurer la pérennité des améliorations pour ces résidents?

Les consultants en soins continus et l’infirmière clinicienne enseignante, qui font partie de l’équipe, continueront à être impliqués en tant que ressources régionales pour les établissements de soins de longue durée. Ils auront ainsi de nombreuses occasions d’observer et d’influencer la façon dont les soins sont prodigués aux résidents. Quant à la pérennité, la région suivra en permanence l’indicateur d’amélioration de la qualité qui fait l’objet de rapport trimestriel et exigera que Santa Maria élabore un plan d’action corrective si l’établissement ne répond pas aux critères provinciaux.

Quels sont vos plans concernant la diffusion de l’initiative à d’autres unités? Quelles stratégies utiliserez-vous? Quel soutien apporterez-vous?

Nous comptons étendre cette initiative aux 3e et 4e étages de Santa Maria et, finalement, à tous les établissements de soins de longue durée dans la région. L’élaboration d’un diagramme maître est prévue pour faciliter la discussion avec le personnel du 2e étage, ce qui nous aidera à comprendre, du point de vue du personnel de première ligne, ce qui a bien fonctionné et ce qui pourrait être amélioré. Des membres du personnel des 3e et 4e étages de Santa Maria assisteront également à l’élaboration du diagramme maître, car à notre avis, les discussions faciliteront la participation du personnel des 3e et 4e étages et contribueront au succès de la diffusion à ces étages.

Les consultants en soins continus et les infirmiers cliniciens enseignants continueront à fournir de la formation. Le chef de l’équipe Kaizen des soins de longue durée continuera à aider le personnel dans la surveillance et la mesure. Des processus seront reproduits, par exemple des outils d’évaluation et des réunions de soins. La coordonnatrice des soins aux résidents, qui est la chef de file de l’unité du 2e étage, encadrera les coordonnateurs des soins aux résidents des 3e et 4e étages pour qu’ils soient les chefs de file au sein de leur unité. L’infirmière gestionnaire servira de conseillère ou mentor à l’infirmière gestionnaire embauchée récemment.

L’équipe de projet continuera non seulement de se réunir régulièrement pour soutenir la direction et le personnel de l’établissement, et de surveiller et mesurer les succès, mais aussi d’assister aux réunions de soins pour faciliter la communication et encourager l’esprit critique.

Quel est le conseil le plus important que vous donneriez à d’autres équipes qui envisagent de mettre en œuvre cette initiative?

La phase de pré-mise en œuvre est la plus critique. Il est important de faire participer TOUTES les parties prenantes clés au début et de planifier chaque étape, y compris le soutien au personnel de l’unité. Un processus normalisé de communication avec le personnel est indispensable à la mise en œuvre.