Le succès des efforts des établissements de soins de longue durée du Nouveau Brunswick pour diminuer l’utilisation des antipsychotiques entraîne la création d’une initiative à l’échelle de la province

 

Le défi

Au Canada, parmi les personnes âgées vivant en établissement de soins de longue durée (SLD), plus d’une sur quatre prend des antipsychotiques sans qu’un diagnostic de psychose ait été établi. La prise d’antipsychotiques est souvent prescrite afin de diminuer les comportements difficiles et la résistance aux soins. Cependant, ces médicaments ont des propriétés sédatives et peuvent avoir des effets nocifs se traduisant par exemple par des chutes et des visites inutiles à l’hôpital.

En 2014, la FCASS a lancé un projet collaboratif d’améliorationde la qualité pancanadien pour favoriser le recours appropriéaux antipsychotiques, de concert avec 15 équipes provenant de 56 établissements de SLD de sept provinces et d’un territoire. À ce moment, la moyenne nationale de résidents d’établissements de SLD prenant des antipsychotiques potentiellement prescrits de façon inappropriée était de 28 %1. Les données démontrent que la proportion de résidents âgés de ces établissements prenant des antipsychotiques devrait plutôt se situer entre 5 % et 15 %.


En 2013, le taux d’utilisation de médicaments antipsychotiques parmi les personnes âgées du Nouveau-Brunswick était presque deux fois plus élevé que la moyenne du reste du Canada.


Le projet collaboratif s’appuyait sur le programme de formation pour cadres FORCES, offert par la FCASS. Joe Puchniak et Cynthia Sinclair (alors tous deux directeurs du programme de soins personnels de l’Office régional de la santé de Winnipeg [ORSW]) ont mis sur pied une initiative pour aider les équipes multidisciplinaires de fournisseurs de soins à utiliser plus efficacement les données. En s’appuyant sur la réussite de l’initiative de l’ORSW, et avec l’aide de Joe et de Cynthia, la FCASS a travaillé à diffuser ces approches centrées sur la personne pour favoriser le recours approprié aux antipsychotiques en soins en hébergement.

Le Centre de soins York de Fredericton, au Nouveau-Brunswick, savait que le taux d’utilisation élevé de médicaments antipsychotiques chez ses résidents de soins de longue durée était problématique et était déterminé à s’attaquer au problème.

Les taux de prescription d’antipsychotiques en établissements de soins de longue durée varient parmi les provinces et les territoires canadiens. En 2013, le taux d’utilisation de médicaments antipsychotiques parmi les personnes âgées du Nouveau-Brunswick était presque deux fois plus élevé que la moyenne du reste du Canada.

Le Centre de soins York, dont les tentatives précédentes pour faire baisser les taux n’avaient pas porté leurs fruits, était désireux de participer au projet collaboratif, d’obtenir un soutien et de faire du réseautage avec d’autres établissements.

Avant le début de l’initiative de la FCASS, le taux d’utilisation d’antipsychotiques du Centre de soins York était de 30 % pour tout l’établissement de 214 lits, mais considérablement plus élevé (58 %) à Birch Grove, son unité spéciale de 24 lits conçue pour les résidents atteints d’un haut degré de démence qui sont toujours mobiles.

De nombreux résidents prenaient déjà des médicaments antipsychotiques lorsqu’ils ont été admis à la résidence, mais il n’existait pas de documents expliquant la raison pour laquelle les médicaments avaient été prescrits. Entretemps, le Centre était dépourvu de protocoles pour évaluer les nouveaux résidents et faire un suivi auprès d’eux afin de déterminer si la prise d’un antipsychotique était appropriée, ou si elle pouvait être réduite ou arrêtée.

La solution

Les équipes de professionnels de la santé prenant part au projet collaboratif de la FCASS ont employé des approches centrées sur les patients et fondées sur les données pour gérer les comportements perturbateurs pouvant être associés à la démence. Le personnel de première ligne a adapté les services et remplacé les médicaments en offrant par exemple des séances de musicothérapie, de zoothérapie ou de ludothérapie. La FCASS a offert aux équipes de la formation, du financement, de l’encadrement spécialisé et une plateforme pour échanger entre pairs.

Appuyés par le projet d’amélioration de la qualité de la FCASS, plus de 200 membres du personnel – des infirmiers et infirmières autorisés, des préposés au service personnel, des membres du personnel des loisirs et des dirigeants – ont suivi la formation P.I.E.C.E.S.MC, une approche qui évalue et fait la gestion des personnes souffrant de démence. (L’acronyme correspond aux aspects suivants : physique, intellectuel, émotionnel, lié aux capacités, environnemental, social et culturel.)

De plus, des séances de formation, des rencontres d’équipes interprofessionnelles et des réunions (rencontres multidisciplinaires informelles et rapides) avaient régulièrement lieu. Le coordonnateur des recherches cliniques et l’équipe de gestion ont rencontré et informé les médecins tous les trois mois lors de leurs réunions portant sur l’examen des médicaments.

L’établissement voulait réduire l’utilisation d’antipsychotiques de 25 % dans l’unité Birch Grove (une unité de 24 résidents) et de 25 % dans le reste de l’établissement, où vivent 188 résidents répartis dans quatre autres unités (il y a aussi deux lits dans l’aire de réveil.)

Onze résidents de l’unité Birch Grove ont été les premiers à être sélectionnés pour que leurs médicaments antipsychotiques soient diminués ou arrêtés, et le personnel a commencé à travailler avec un ou deux résidents à la fois, en évaluant quotidiennement les progrès. Les coordonnateurs d’activités ont proposé des activités pour faciliter la gestion des comportements des résidents lors du processus de diminution et d’arrêt.

Des membres de la famille des résidents ont pris part au processus. Ils avaient été contactés en personne ou par téléphone, et ils étaient consultés régulièrement afin qu’on vérifie s’ils avaient remarqué des changements chez leurs proches. Certains d’entre eux étaient inquiets de voir leur proche dire ou faire quelque chose d’inapproprié, crier, ou être plutôt agressif si la dose de médicaments était réduite ou si la prise de médicaments cessait.

Le travail des coordonnateurs d’activités et des accompagnateurs a été essentiel à la diminution de l’utilisation des antipsychotiques. Ils ont travaillé davantage l’après midi, ce qui répondait mieux aux besoins des résidents. Le personnel a aussi fait un effort supplémentaire pour offrir des activités thérapeutiques en début de soirée, moment où les comportements difficiles sont à leur apogée, comme l’a expliqué Kevin Harter, chef de la direction du Centre de soins York. L’établissement de soins de longue durée a fait l’achat de poupées ressemblant à de vrais bébés et a mis en place une « pouponnière » dans l’unité Birch Grove. « Lorsque les résidents passent du temps ici, ça les aide à se calmer. » Des lapins, gardés sur place dans une cage et pouvant être flattés, ont un effet apaisant semblable.

Les résultats

M. Harter estime que le soutien offert par le projet collaboratif de la FCASS a souligné l’importance d’être « prêt à accueillir et à propager » l’initiative. « Par le passé, nos tentatives de réduire les taux ne faisaient pas long feu, car nous n’avions pas d’outils à notre disposition. La FCASS a souligné le besoin d’offrir de la formation et d’avoir une bonne équipe, des champions et des ressources [...] pour créer un processus opérationnel dynamique. » La FCASS a proposé une structure qui a permis au centre de mettre en place un plan de réduction efficace pouvant être utilisé dans le cadre du plan de déploiement dans le reste de l’établissement.

Dans l’unité de démence de Birch Grove, la prise de médicaments antipsychotiques a cessé pour trois des 11 résidents de la cohorte, et six d’entre eux ont vu leur dose réduite. Il s’agit d’une diminution globale de 89 %.

Dans cette cohorte, il y a eu une certaine augmentation des comportements agressifs et une hausse temporaire de l’utilisation de mesures de contention (11 %). Cependant, le nombre de chutes n’a pas augmenté pour ce groupe et, concrètement, la qualité de vie des résidents s’est améliorée. Ils sont devenus en mesure de s’habiller et de se nourrir après la réduction de leur dose de médicaments, ou après avoir cessé d’en prendre.

Eugene McGinley, qui visitait régulièrement sa sœur, Anna Hanley, a constaté qu’elle devenait plus alerte et plus mobile – plus elle-même – après avoir progressivement cessé de prendre des antipsychotiques. « Elle ressemble un peu plus à la Anna que j’ai connue », dit-il. (Sa sœur est décédée depuis.)

L’initiative a été offerte aux autres unités, et après un an (de 2014 à 2015), le taux d’utilisation global d’antipsychotiques de l’établissement était passé de 30 % à 20 %. En plus de l’amélioration de la qualité de vie, le Centre de soins York a réalisé des économies. Le coût des médicaments antipsychotiques par lit correspondait à la moitié de la moyenne provinciale et, à elle seule, l’unité Birch Grove a réalisé des économies de 1 500 $ en frais de médicaments par année.

Un résultat durable et important a été que le personnel est plus à l’aise de faire part de ses réflexions et de ses inquiétudes, et que la communication entre les différentes disciplines des services de santé s’est améliorée.

Diffusion et durabilité

Les établissements de soins de longue durée connaissent un roulement régulier de résidents. En raison de la proportion considérable de résidents qui prennent des antipsychotiques à leur arrivée, le Centre de soins York a mis en place des politiques et des procédures visant à évaluer les nouveaux résidents (pour évaluer leur situation et déterminer si leur médication est appropriée). Le Centre de soins York a également développé des processus internes, et les a intégrés au fonctionnement pour faciliter l’examen régulier de l’utilisation de médicaments antipsychotiques.

M. Harter indique que les efforts déployés pour réduire l’utilisation d’antipsychotiques sont menés par les professionnels responsables d’unités individuelles et que le processus d’orientation des nouveaux membres du personnel comprend une formation sur les politiques et les procédures en place.

Le succès du Centre de soins York dans la réduction de l’utilisation de médicaments antipsychotiques dans son établissement a mené à la création du projet collaboratif du Nouveau-Brunswick sur l’utilisation appropriée des antipsychotiques (UAA-NB) (un effort conjoint avec la FCASS, l’Association des foyers de soin du Nouveau Brunswick et le gouvernement du Nouveau-Brunswick), qui vise à propager l’initiative dans les 60 établissements de soins de longue durée de la province d’ici mai 2018.

Merci à Julie Coughran , I.A.; Jennifer Donovan, coordonnatrice de la recherche clinique et gestionnaire de projet et le reste de l’équipe qui a contribuée au success de cette initiative.


1Il s’agit de la moyenne nationale réelle de 2014-2015. Les données sur les moyennes nationale et provinciales sont diffusées publiquement pour l’exercice précédent seulement.