Le succès de trois foyers de soins de longue durée incite les résidences Sienna Senior Living à mettre en oeuvre une initiative de réduction des antipsychotiques dans ses 34 établissements

 

Le défi

Au Canada, parmi les personnes âgées vivant en établissement de soins de longue durée (SLD), plus d’une sur quatre prend des antipsychotiques sans qu’un diagnostic de psychose ait été établi. La prise d’antipsychotiques est souvent prescrite afin de diminuer les comportements difficiles et la résistance aux soins. Cependant, ces médicaments ont des propriétés sédatives et peuvent avoir des effets nocifs se traduisant par exemple par des chutes et des visites inutiles à l’hôpital.

En 2014, la FCASS a lancé un projet collaboratif d’améliorationde la qualité pancanadien pour favoriser le recours appropriéaux antipsychotiques, de concert avec 15 équipes provenant de 56 établissements de SLD de sept provinces et d’un territoire. À ce moment, la moyenne nationale de résidents d’établissements de SLD prenant des antipsychotiques potentiellement prescrits de façon inappropriée était de 28 %1. Les données démontrent que la proportion de résidents âgés de ces établissements prenant des antipsychotiques devrait plutôt se situer entre 5 % et 15 %.

Le projet collaboratif s’appuyait sur le programme deformation pour cadres FORCES, offert par la FCASS. Joe Puchniak et Cynthia Sinclair (alors tous deux directeurs du programme de soins personnels de l’Office régional de la santé de Winnipeg [ORSW]) ont mis sur pied une initiative pour aider les équipes multidisciplinaires de fournisseurs de soins à utiliser plus efficacement les données. En s’appuyant sur la réussite de l’initiative de l’ORSW, et avec l’aide de Joe et de Cynthia, la FCASS a travaillé à diffuser ces approches centrées sur la personne pour favoriser le recours approprié aux antipsychotiques en soins en hébergement.

En Ontario, la direction de Sienna Senior Living s’est rendu compte, lorsqu’elle a révisé les données de l’Institut canadien d’information sur la santé (ICIS) du dernier trimestre de 2013, que le taux de résidents de leurs 34 établissements en Ontario qui prenaient des médicaments antipsychotiques, qui s’établissait à 33 %, dépassait la moyenne provinciale déjà élevée de 31 %.

La solution

Les équipes de professionnels de la santé prenant part au projet collaboratif de la FCASS ont employé des approches centrées sur les patients et fondées sur les données pour gérer les comportements perturbateurs pouvant être associés à la démence. Le personnel de première ligne a adapté les services et remplacé ces médicaments en offrant par exemple des séances de musicothérapie, de zoothérapie ou de ludothérapie. La FCASS a offert aux équipes de la formation, du financement, de l’encadrement spécialisé et une plateforme pour échanger entre pairs.

Appuyées par le projet collaboratif d’amélioration de la qualité de la FCASS, les résidences Sienna ont entrepris le travail à l’automne 2014 avec une cohorte de personnes âgées de la résidence Camilla Care Community de Mississauga, un établissement doté de 237 lits. Près de 40 % des résidents de Camilla prenaient des antipsychotiques. L’approche a par la suite été élargie aux résidences de Sienna Streetsville Care Community, à Mississauga, et Cheltenham Care Community, à Toronto.

La direction de Sienna a également établi un objectif à plus long terme de réduire de 30 % le taux de prescription d’antipsychotiques dans ses établissements.


Appuyées par le projet collaborat i f d’amélioration de la qualité de la FCASS, les résidences Sienna ont entrepris le travail à l’automne 2014 avec une cohorte de personnes âgées de la résidence Camilla Care Community de Mississauga.


Les cadres supérieurs et la direction des soins infirmiers de Sienna ont fait de la réduction de l’utilisation d’antipsychotiques leur plus haute priorité. La formation du personnel était essentielle. Les infirmiers et infirmières autorisés et les infirmiers et infirmières auxiliaires autorisés ont obtenu une formation P.I.E.C.E.S.MC, une approche conçue pour promouvoir une vision holistique des résidents. (L’acronyme correspond aux aspects suivants : physique, intellectuel, émotionnel, lié aux capacités, environnemental, social et culturel.)

La formation spécialisée sur des approches non pharmacologiques de soins de la démence, telle que l’approche de persuasion douce, était offerte aux préposés aux services de soutien à la personne, aux infirmiers et infirmières autorisés, aux infirmiers et infirmières auxiliaires autorisés, aux ludothérapeutes et aux pharmaciens. En raison des inquiétudes du personnel concernant la réduction de l’utilisation d’antipsychotiques, beaucoup de temps a été accordé aux questions concernant la gestion du changement.

L’équipe de Sienna a examiné les dossiers de résidents actuels et créé une cohorte de 95 résidents de Camilla prenant des antipsychotiques sans avoir obtenu un diagnostic de psychose. « Nous avons cherché des gains rapides, comme la vérification de l’exactitude du codage de l’ICIS (Institut canadien d’information sur la santé) et l’examen de résidents ayant obtenu une prescription de médicaments antipsychotiques dite “au besoin”, ainsi que les familles qui accepteraient d’appuyer le programme », indique Metzie Lacroxi, gestionnaire des services aux résidents de Sienna. Une fois la cohorte établie, l’équipe de soins infirmiers a produit des rapports de suivi initiaux, effectué des évaluations et discuté de l’utilisation appropriée des médicaments et des autres options avec les résidents et leurs familles. Pendant ce temps, l’équipe de la pharmacie effectuait un examen des médicaments pour aider le médecin à prendre une décision concernant la réduction ou l’arrêt de la médication des résidents sélectionnés.

Les pharmaciens, le médecin et l’équipe des soins infirmiers passaient également en revue l’utilisation d’antipsychotiques des nouveaux résidents lors de leur admission. Auparavant, si un résident prenait des antipsychotiques lors de son admission, la tendance voulait qu’on continue à lui donner les médicaments, puis à réévaluer au besoin, explique Mme Lacroxi.

L’équipe a procédé lentement au changement, en travaillant auprès d’un petit groupe de résidents à la fois afin que le personnel puisse constater les améliorations chez les résidents dont la médication avait été réduite ou cessée. Une fiche de suivi a été créée afin que le personnel puisse indiquer tout changement du comportement à mesure que la prise d’antipsychotiques des résidents était diminuée ou arrêtée, et les membres de l’équipe tenaient des conférences sur les soins auprès des membres des familles pour expliquer l’approche concernant le suivi et les mesures.

En raison des défis initiaux en matière de communication et de collaboration entre les infirmiers et infirmières et les médecins, surtout en ce qui concerne l’organisation de discussions à propos des problèmes ou l’explication de l’initiative et de la façon dont celle-ci pouvait améliorer le bien-être des patients, l’équipe a commencé à tenir des réunions de consultation professionnelle. Cette stratégie a bien fonctionné pour faire participer les médecins. Chaque fois que les infirmiers et infirmières faisaient une demande pour qu’un antipsychotique soit prescrit à un résident ou pour que la dose de celui-ci soit augmentée, les médecins posaient des questions à toute l’équipe à propos du comportement du résident.

Au cours de l’initiative, qui s’est déroulée de juin 2014 à septembre 2015, la résidence Camilla a bénéficié de la présence d’un spécialiste comportemental financé par le gouvernement provincial par le biais du réseau local d’intégration des services de santé.

Les résultats

Du fait de l’initiative, Sienna a réussi à réduire globalement de 50 % l’utilisation d’antipsychotiques parmi les résidents des cohortes des trois sites pilotes.

À la résidence Camilla, l’équipe a enregistré une baisse de l’utilisation d’antipsychotiques de 44 % parmi les résidents sélectionnés. En septembre 2015, 42 des 95 résidents de la cohorte de Camilla avaient cessé d’utiliser des antipsychotiques (parmi ces 42 participants, 14 sont décédés en cours d’année), et 15 des 95 résidents ont vu leur dose diminuer (8 de ces 15 résidents sont décédés en cours d’année).

L’équipe a connu encore plus de succès dans les deux autres établissements. Au foyer de soins de longue durée de Streetsville, un taux d’arrêt de 62 % a été atteint (sur une cohorte de 29 résidents, 18 ont cessé d’utiliser des antipsychotiques et deux autres ont vu leur dose diminuer). Au foyer de soins de longue durée de Cheltenham, le taux a été de 58 % (sur une cohorte de 24 résidents, 14 ont cessé d’utiliser des antipsychotiques).

Patricia Brines a été témoin des changements chez son père, Donald Ballentyne, âgé de 78 ans, un résident de Camilla qui y avait été admis au début de 2008 après avoir subi une série d’accidents vasculaires cérébraux. À cette époque, « papa montrait des signes d’agressivité », dit-elle. Il avait frappé d’autres résidents et la police avait été appelée à la résidence.

Mme Brines a dit qu’elle faisait confiance aux médecins lorsqu’ils ont prescrit des antipsychotiques à son père pour contrôler son comportement. « Mais il semblait tout simplement drogué et absent, et il voulait toujours se coucher et dormir. » De plus, il lui arrivait encore d’être agressif. Depuis qu’il a cessé d’utiliser des antipsychotiques, il n’a pas été agressif et « il semble plus vif d’esprit et ne veut pas constamment se coucher », explique-t-elle.

Dans son rapport de septembre 2015, Sienna a indiqué qu’aux trois établissements, le pourcentage de résidents ayant fait une chute avait diminué de 9,6 % au premier trimestre de 2014 à 7,6 % au premier trimestre de 2015. Au cours de la même période, les résidents souffrant de plaies de lit sont passés de 1,8 % à 0,5 %.

En général, du fait de l’initiative, l’utilisation d’antipsychotiques, considérée d’abord comme une intervention précoce, est devenue un dernier recours. Le personnel des établissements comprend que l’utilisation doit être de courte durée et réévaluée périodiquement.

La diffusion et la durabilité

Sienna a propagé l’initiative et fourni une formation au personnel de ses 34 établissements de soins de longue durée. Il en est résulté une baisse constante de l’utilisation de médicaments antipsychotiques. En septembre 2015, le taux s’est établi à 27,4 %, soit juste au-dessus de la moyenne ontarienne à cette époque. Sienna a fait de la baisse de l’utilisation d’antipsychotiques un indicateur de rendement clé de l’entreprise, avec un objectif de 20 % en 2016.

Les données de l’ICIS d’avril à juin 2016 démontrent que le taux de prescription d’antipsychotiques à Sienna a été de 20,7 %, un taux plus faible que la moyenne provinciale de 22,2 %, ce qui indique que l’entreprise est en voie d’atteindre son objectif.

Les stratégies pour maintenir ces changements comprennent l’examen continu des doses de médicaments antipsychotiques sur une base trimestrielle, la création d’outils favorisant la réduction de l’utilisation d’antipsychotiques, notamment des ressources et du matériel de formation tirés de la FCASS, la poursuite de l’engagement du personnel actuel, la formation des nouveaux employés et la participation soutenue des résidents et des membres de leur famille au programme et aux efforts de diminution.


1Il s’agit de la moyenne nationale réelle de 2014-2015. Les données sur les moyennes nationale et provinciales sont diffusées publiquement pour l’exercice précédent seulement.