La réduction fructueuse du recours aux antipsychotiques amène Revera à diffuser cette approche dans quatre provinces

 

 

Le défi

Au Canada, parmi les personnes âgées vivant en établissement de soins de longue durée (SLD), plus d’une sur quatre prend des antipsychotiques sans qu’un diagnostic de psychose ait été établi. La prise d’antipsychotiques est souvent prescrite afin de diminuer les comportements difficiles et la résistance aux soins. Cependant, ces médicaments ont des propriétés sédatives et peuvent avoir des effets nocifs se traduisant par exemple par des chutes et des visites inutiles à l’hôpital.

En 2014, la FCASS a lancé un projet collaboratif d’améliorationde la qualité pancanadien pour favoriser le recours appropriéaux antipsychotiques, de concert avec 15 équipes provenant de 56 établissements de SLD de sept provinces et d’un territoire. À ce moment, la moyenne nationale de résidents d’établissements de SLD prenant des antipsychotiques potentiellement prescrits de façon inappropriée était de 28 %1. Les données démontrent que la proportion de résidents âgés de ces établissements prenant des antipsychotiques devrait plutôt se situer entre 5 % et 15 %.


En 2014, le taux d’ordonnances moyen y était de 39 %.


Le projet collaboratif s’appuyait sur FORCES : Programme deformation pour cadres offert par la FCASS. Joe Puchniak et Cynthia Sinclair (alors tous deux directeurs du programme de soins personnels de l’Office régional de la santé de Winnipeg [ORSW]) ont mis sur pied une initiative pour aider les équipes multidisciplinaires de fournisseurs de soins à utiliser plus efficacement les données. En s’appuyant sur la réussite de l’initiative de l’ORSW, et avec l’aide de Joe et de Cynthia, la FCASS a travaillé à diffuser ces approches centrées sur la personne pour favoriser le recours approprié aux antipsychotiques en soins en hébergement.

Revera Inc., qui exploite 76 établissements de SLD dans quatre provinces (Ontario, Manitoba, Alberta et Colombie- Britannique) voulait réduire l’utilisation de ces médicaments dans ses établissements. En 2014, le taux d’ordonnances moyen y était de 39 %.

Des initiatives provinciales en Alberta et au Manitoba avaient déjà permis de s’attaquer aux taux élevés de recours aux antipsychotiques dans ces provinces. Revera s’est donc jointe au projet collaboratif de la FCASS afin d’abaisser le recours à ces médicaments dans ses établissements de SLD de l’Ontario et de la Colombie-Britannique.

La solution

Les équipes de professionnels de la santé prenant part au projet collaboratif de la FCASS ont employé des approches centrées sur les patients et fondées sur les données pour gérer les comportements perturbateurs pouvant être associés à la démence. Le personnel de première ligne a adapté les services et remplacé ces médicaments en offrant par exemple des séances de musicothérapie, de zoothérapie ou de ludothérapie. La FCASS a offert aux équipes de la formation, du financement, de l’encadrement spécialisé et une plateforme pour échanger entre pairs.

Profitant de l’appui fourni par le projet collaboratif, les chefs de projet de Revera ont commencé par offrir à la majorité du personnel des séances d’éducation et de formation sur la méthode Montessori. Le personnel a ainsi appris à adapter les soins à la réalité de chaque résident, c’est-àdire à intervenir en fonction de la personnalité de chacun et de ce qui constitue pour la personne une activité utile permettant de lui changer les idées ou de l’amener à se calmer si elle devient agitée ou s’emporte.

Revera a également accru le rôle joué par ses pharmaciens consultants. L’entreprise a fait de l’administration d’antipsychotiques un indicateur clé de performance pour les fournisseurs des pharmacies et a amené ces derniers à produire des rapports mensuels sur l’utilisation des médicaments dans les établissements. « Nous avons appliqué pour eux les mêmes paramètres que les nôtres, et ils devaient nous présenter des rapports », déclare Mary Brazier, vice-présidente responsable de la qualité et du soutien au sein de la division des SLD de Revera.

Avant le début de l’initiative, Revera avait mené un examen approfondi de certains de ses établissements de SLD et constaté que 98 % des résidents qui recevaient des antipsychotiques en prenaient en fait déjà avant leur arrivée à l’établissement.

À l’admission des résidents, les pharmaciens ont donc commencé à les rencontrer avec les membres de leur famille pour discuter des problèmes de médication en général et des initiatives de réduction des antipsychotiques. Cette pratique était une innovation. Auparavant, il s’écoulait de six à huit semaines après l’admission du résident avant que les rencontres sur les soins n’aient lieu entre les pharmaciens, les familles et le personnel de soins. Des séances éducatives ont également été organisées avec les conseils des résidents et des familles. Mme Brazier souligne aussi que la réduction du recours aux antipsychotiques était souvent une source d’inquiétude pour les membres des familles qui s’occupaient jusqu’alors du nouveau résident à la maison, car ces médicaments contribuaient à limiter les comportements d’agressivité et d’agitation difficiles à gérer.

De plus, les pharmaciens et les médecins étaient réunis à l’occasion des séances éducatives sur l’initiative, ce qui les a amenés à collaborer davantage pour atteindre l’objectif commun d’améliorer la médication des résidents.

Pour faciliter la diffusion de l’approche dans les multiples établissements de SLD exploités par Revera, les coordonnateurs provinciaux tenaient des téléconférences mensuelles sur la mise au point du plan officiel.

Après avoir consulté le personnel de soins des différents établissements, les coordonnateurs provinciaux ont décidé d’axer leurs efforts sur une cohorte de 50 résidents de trois établissements de SLD – deux en Ontario (à London et à Toronto) et un en Colombie-Britannique (à Victoria). Ils se sont fixés comme objectif de réduire de 10 % le recours aux antipsychotiques pendant la période d’août 2014 à août 2015. L’entreprise a également effectué le suivi d’une cohorte formée de 361 autres résidents vivant dans 12 autres établissements de SLD.


Dans les 15 établissements, la réduction du recours aux antipsychotiques a atteint une moyenne de 15 % et la moyenne de résidents ayant cessé d’en prendre s’est établie à 38 %.


Pendant la mise en oeuvre des pratiques, les coordonnateurs provinciaux tenaient (au moins) une téléconférence par mois pour faire le suivi des progrès, régler les problèmes et parfaire les méthodes d’amélioration de la qualité. L’organisation des téléconférences conjointes présentait une difficulté qui est courante au Canada : l’écart de trois heures entre les provinces. Un autre défi a été de trouver le temps nécessaire pour recueillir, entrer et analyser les données de la cohorte de résidents choisis afin de participer à l’initiative de réduction du recours aux antipsychotiques.

Les résultats

Parmi les participants sélectionnés dans les trois établissements, le recours aux antipsychotiques a diminué de 40 %, 28 % et 20 %, respectivement, et 58 %, 64 % et 70 % de ces résidents ont cessé de prendre ces médicaments.

Dans les 15 établissements, la réduction du recours aux antipsychotiques a atteint une moyenne de 15 % et la moyenne de résidents ayant cessé d’en prendre s’est établie à 38 %.

Le nombre de chutes a également diminué parmi la cohorte des 50 résidents. Toutefois, comme d’autres initiatives ont été mises en place pour prévenir les chutes, il n’est pas possible d’établir une forte corrélation en ce sens, ajoute Mme Brazier. Par ailleurs, la réduction du recours aux antipsychotiques n’a pas eu d’effet négatif sur les capacités cognitives des résidents. Heureusement, les taux de comportements agressifs n’ont pas progressé parmi les résidents qui ont réduit leur prise d’antipsychotiques ou ont cessé d’en prendre.

L’un des résidents de la C.-B. recevait des antipsychotiques pour réduire ses épisodes d’errance, et il s’était replié sur lui-même. On a graduellement réduit l’administration d’antipsychotiques, jusqu’à les éliminer, et il a commencé à entrer en relation avec les autres, à assister aux activités de groupe et à sourire souvent.

L’un des résidents de la C.-B. recevait des antipsychotiques pour réduire ses épisodes d’errance, et il s’était replié sur lui-même. On a graduellement réduit l’administration d’antipsychotiques, jusqu’à les éliminer, et il a commencé à entrer en relation avec les autres, à assister aux activités de groupe et à sourire souvent.

Selon Mme Brazier, la formation accrue fondée sur l’approche Montessori a joué un rôle clé dans la réduction du recours aux antipsychotiques. Un ancien mécanicien atteint de démence prenant des antipsychotiques était agité. En apprenant à le connaître, le personnel a créé un tableau d’activités à son intention qui comprenait des outils familiers. « [Cette stratégie] l’a apaisé et a fait appel à sa mémoire à long terme. Il avait ainsi une raison d’être et se sentait utile. » Ses médicaments ont été réduits et ses comportements d’agitation ont diminué. Le personnel cherche maintenant à connaître la raison du comportement et évalue les interventions non médicamenteuses possibles.

Grâce à l’initiative, les employés fournissant les soins directs sont beaucoup plus conscients que les antipsychotiques ne doivent être utilisés qu’en dernier recours pour gérer les comportements dont la cause n’est pas nécessairement évidente, comme l’anxiété et l’agressivité. Les équipes interdisciplinaires travaillent plus étroitement ensemble lorsque les résidents manifestent des comportements difficiles.

Diffusion et durabilité

À l’automne 2015, Revera a commencé à diffuser l’approche de réduction du recours aux antipsychotiques prescrits de façon inappropriée dans les 43 autres établissements de l’Ontario. Pour ce faire, l’entreprise a mis en place plusieurs stratégies d’amélioration importantes, dont la formation en classe sur l’organisation d’activités fondées sur l’approche Montessori pour tout le personnel, les discussions régulières entre membres du personnel sur les comportements des résidents, la formation par webinaire et les examens mensuels de la médication des résidents prenant des antipsychotiques par l’équipe interdisciplinaire.


À l’été 2016, Revera avait réussi à réduire de 18 % en moyenne le recours aux antipsychotiques dans les quatre provinces où elle exploite des établissements de SLD.


À l’été 2016, Revera avait réussi à réduire de 18 % en moyenne le recours aux antipsychotiques dans les quatre provinces où elle exploite des établissements de SLD – soit en dessous de la moyenne nationale publique qui se situait alors à 28 %. L’initiative est également appuyée par la tenue de réunions ou de téléconférences régionales mensuelles avec les gestionnaires régionaux provinciaux pour le suivi des progrès, la mise en commun des expériences et l’offre de soutien.

L’entreprise considère le projet collaboratif sur le recours aux antipsychotiques comme un modèle pour les initiatives dans ses établissements au pays, portant sur l’infrastructure, les étapes de mise en oeuvre et les outils de gestion des données.


1Il s’agit de la moyenne nationale réelle de 2014-2015. Les données sur les moyennes nationale et provinciales sont diffusées publiquement pour l’exercice précédent seulement.