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Une initiative sur la MPOC au Québec couvre une région où le nombre de fumeurs âgés à faible revenu est élevé

par Nadine Morris | avr. 19, 2017
19 % des admissions à l’hôpital de la région en 2013 et 2014 concernaient des patients souffrant d’une maladie respiratoire diagnostiquée

 

 

Le défi

Au Canada, environ 800 000 personnes sont atteintes de la maladie pulmonaire obstructive chronique (MPOC), une maladie évolutive qui se caractérise par une sensation d’essoufflement débilitante. Ces personnes figurent parmi les plus grands utilisateurs des ressources hospitalières. De toutes les maladies chroniques, la MPOC est celle qui entraîne le plus d’hospitalisations, de retours à l’urgence et de réadmissions à l’hôpital. Souvent, les patients doivent obtenir des soins à l’urgence pour le traitement de leur maladie chronique, car les soins appropriés ne sont pas offerts dans la collectivité. La situation devrait s’aggraver puisqu’un Canadien sur quatre devrait développer la maladie au cours de sa vie.

En 2014, la Fondation canadienne pour l’amélioration des services de santé (FCASS) s’est associée à Boehringer Ingelheim (Canada) Ltée dans le cadre de l’approche INSPIRED de la MPOC, un projet collaboratif d’amélioration de la qualité pancanadien qui fournit du financement, de la formation, de l’encadrement et des ressources à un réseau de 19 équipes interprofessionnelles en soins de santé partout au Canada. Dans le cadre de ce projet collaboratif, les équipes ont adapté, adopté et évalué le Programme INSPIRED de sensibilisation à la MPOCMC, une approche coordonnée et proactive visant à améliorer les soins offerts aux personnes atteintes de la MPOC et à soutenir les soignants.


19 % des admissions à l’hôpital de la région en 2013 et 2014 concernaient des patients souffrant d’une maladie respiratoire diagnostiquée


Le Programme INSPIRED de sensibilisation à la MPOCMC a été conçu par le pneumologue Graeme Rocker et son équipe de la Régie régionale de la santé Capital (maintenant appelée Nova Scotia Health Authority) d’Halifax. La FCASS a entrepris de faire connaître cette approche complète des soins de la MPOC partout au Canada.

Lorsque le Centre intégré de santé et de service sociaux de la Montérégie-Est (le CISSS de la Montérégie-Est) de la circonscription hospitalière Pierre-De Saurel, au nord-est de Montréal, s’est joint au programme, il a décidé de ratisser large. Son équipe INSPIRED a choisi de se concentrer non seulement sur l’amélioration des services pour les personnes souffrant de formes graves de cette maladie débilitante, mais également sur le dépistage précoce.

En 2012, une étude a révélé que cette région de la MontérégieEst ne possédait pas de programme formel de soins de la MPOC, que les programmes de dépistage précoce ou de prévention étaient peu nombreux, que l’accès à des services de diagnostic était déficient et qu’il existait des lacunes dans la coordination des soins.

Pourtant, la prévalence de la MPOC dans la région nord du CISSS Montérégie-Est est importante. Les admissions à l’hôpital en raison de la MPOC ont augmenté de façon constante entre 2011 et 2014 (de 200 à 289), tout comme les visites aux urgences (de 324 à 390). De plus, 19 % des admissions à l’hôpital de la région en 2013 et 2014 concernaient des patients souffrant d’une maladie respiratoire diagnostiquée, comparativement à un taux estimé de 13 % à l’échelle nationale.

Ce taux relativement élevé de visites à l’hôpital pour la MPOC est associé à la prévalence des principaux facteurs de risque dans la population de la circonscription hospitalière de Pierre-De Saurel, laquelle compte près de 51 000 personnes : plus du quart de la population (26,2 %) fume; 20 % de la population est âgée de plus de 65 ans; 15,3 % de la population est à faible revenu et 11 % de la population reçoit des prestations d’aide sociale. Comparativement, le taux de tabagisme pour la province du Québec1 au complet est beaucoup moins élevé, avec 17 %.

Deux objectifs ont donc été fixés : réduire les admissions à l’hôpital pour la MPOC de 15 % et réduire les visites aux urgences et les réadmissions pour les épisodes d’exacerbation aiguë de la maladie de 30 %.

La solution

Les équipes participantes au programme collaboratif INSPIRED ont sélectionné des patients qui sont allés à l’urgence ou qui ont été hospitalisés pour une MPOC avancée. Elles leur ont proposé un programme de soutien qui consiste à leur fournir des plans d’action concrets pour mieux gérer leur maladie, à leur téléphoner après leur congé de l’hôpital, à leur donner un soutien psychosocial et des outils pour gérer leur maladie à domicile et à leur offrir un plan de soins avancé, si nécessaire. Les participants au programme disposaient également d’un numéro de téléphone à composer en cas de besoin.

Avec l’appui du programme collaboratif INSPIRED de la FCASS et de Boehringer Ingelheim, l’équipe a créé un continuum de services entre le patient, l’hôpital, l’équipe des soins à domicile, le médecin de famille, les pharmaciens de la région et le centre de santé et de services sociaux de la région (au Québec, un CLSC ou centre local de services communautaires).

Les médecins de famille se sont vu offrir un endroit autre qu’à l’hôpital pour effectuer des examens de la fonction pulmonaire (spirométrie) et des ressources pour les aider à mettre sur pied des plans d’action pour leurs patients souffrant de la MPOC. Ces plans ont été conçus pour aider les patients à reconnaître les poussées de la MPOC et à prendre des décisions concernant le traitement à suivre. De plus, un modèle d’ordonnance standardisé a été adopté pour diriger les patients vers un test de spirométrie. L’équipe a également mis sur pied un plan d’action modèle pour aider les personnes aux prises avec une MPOC grave à maîtriser leurs essoufflements.

Un protocole a été créé pour les inhalothérapeutes afin qu’ils communiquent avec les patients ayant reçu leur congé de l’hôpital après avoir été traités pour une aggravation importante de leur état, que l’on appelle « épisode d’exacerbation aiguë » (EAMPOC). Un plan d’intervention destiné aux patients sans médecin de famille a également été élaboré. Au moment de l’initiative, une personne sur cinq sur le territoire de Pierre-De Saurel n’avait pas de médecin de famille.


Odette Arseneault a souligné les avantages d’un dépistage précoce, puisqu’il aide les patients à rester en assez bonne santé pour être en mesure de travailler plus longtemps et de faire vivre leur famille.


Les objectifs suivants ont été définis : promouvoir le dépistage précoce en demandant aux fournisseurs de services de santé de la région l’aiguillage des personnes soupçonnées de souffrir de la MPOC afin de confirmer le diagnostic, fournir des plans d’action en matière de prévention des EAMPOC à 5 % des patients (environ 60) souffrant de la MPOC, mettre en œuvre un plan d’action concernant les épisodes d’essoufflement pour cinq patients et mesurer l’impact sur les visites à l’hôpital; offrir un suivi dans un délai de trois à dix jours à 80 % des patients admis à l’hôpital pour des problèmes en lien avec la MPOC, et intégrer un inhalothérapeute disponible cinq jours par semaine.

Odette Arseneault, qui agissait à titre de chef d’équipe dans la phase initiale du projet, a souligné les avantages d’un dépistage précoce, puisqu’il aide les patients à rester en assez bonne santé pour être en mesure de travailler plus longtemps et de faire vivre leur famille.

Les résultats

Quarante pour cent des professionnels de la santé de la région ont aiguillé au moins un patient pour faire confirmer le diagnostic de la MPOC et, en date d’octobre 2015, 278 patients avaient subi une spirométrie ou étaient inscrits pour subir ce test diagnostique. Étonnamment, le diagnostic de la MPOC n’a pas été confirmé pour quelques patients. Le traitement n’était donc pas justifié pour certains d’entre eux et des recommandations ont été faites pour revoir le diagnostic et le traitement.

En date d’octobre 2015, des plans d’action pour faciliter la prévention des épisodes d’exacerbation aiguë (EAMPOC) avaient été élaborés pour 55 personnes (en avance sur l’objectif de 60 personnes établi pour avril 2016). Le nombre de réadmissions non prévues pour ce groupe de personnes est passé de 14 à 1 depuis le début de la participation en avril 2015. Comme prévu, cinq patients ont adopté les plans d’action pour l’essoufflement, et les plans pour la phase terminale de la MPOC prévoient des ordonnances pour des anxiolytiques et de la morphine (à prendre pour prévenir les épisodes graves).

Jean Provencher, un résident local, avait été hospitalisé à quatre reprises pour des EAMPOC avant d’être admis au programme. Cet homme, qui avait toujours été actif, était fatigué et avait de la difficulté à se déplacer en raison de sa maladie. Après sa dernière hospitalisation, Jocelyne Trudel, inhalothérapeute et spécialiste en MPOC du programme sur la MPOC, l’a appelé deux jours après son congé de l’hôpital et lui a demandé de participer au programme. Un plan d’action personnalisé a été créé et lui a permis d’éviter au moins deux visites aux urgences.

Monsieur Provencher n’a plus été hospitalisé depuis. Pendant l’été 2016, à peine plus d’un an après s’être joint au programme, il a parcouru environ 2 000 km pour se rendre en Gaspésie au volant de sa moto à trois roues. De plus, il tond régulièrement son gazon et celui de son voisin. Madame Trudel a déclaré que, dans toute sa carrière, elle s’est rarement sentie aussi utile que dans le cadre du programme sur la MPOC. « J’accompagne les patients dans la poursuite de leur vie après un diagnostic de MPOC. »

Diffusion et durabilité

Le docteur Éric Sauvageau, chef du département régional de médecine générale qui faisait partie de l’équipe de développement INSPIRED, a été invité par ses collègues des autres CISSS de la Montérégie pour présenter le programme sur la MPOC.

Il y a eu plusieurs reportages concernant l’initiative sur la MPOC et l’équipe souhaite que le ministère de la Santé provincial rende les programmes sur la MPOC obligatoires dans les CISSS, comme le sont les programmes de prévention du diabète et du cancer.

Aujourd’hui, les patients continuent de participer à divers volets de l’initiative sur la MPOC. À la fin de l’été 2016, 95 patients avaient créé leur plan d’action pour prévenir la réadmission (en hausse par rapport à 55) et 437 personnes avaient subi des spirométries pour confirmer le diagnostic (en hausse par rapport à 178).

En septembre 2016, un autre inhalothérapeute (pivot) s’est joint à l’équipe et est responsable d’identifier les patients atteints de la MPOC qui se sont rendus aux urgences ou qui ont été admis à l’hôpital. Le CISSS Montérégie-Est a confirmé que le programme sur la MPOC se poursuit dans la circonscription hospitalière Pierre-De Saurel.

Le CISSS Montérégie-Est souhaite profiter de l’occasion pour remercier tous les gens qui ont contribué de près ou de loin à la création de ce programme : Mme Odette Arseneault, Mme Martine Bouchard, Dre Bich Dao Can, Dre Natalie Chevalier, Mme Nadia Cournoyer, Mme Sylvie Cusson, Dr Gérald Désaulniers, Dr Martine Dulude, Dr Jacques Godin, Mme Martine Guilbault, Mme Annie Lemoine, Mme Guylaine Marchand, Mme Carole Parent, Mme Christelle Pelbois, Mme Mélanie Rousseau, Dr Éric Sauvageau, Mme Christine Théroux, Mme Jocelyne Trudel, Mme Sonia Santerre (Boehringer Ingelheim), l’équipe de la FCASS ainsi que tous les patients du programmes et leur famille.


Chiffres de 2013 de la page 22 de ce rapport : http://tobaccoreport.ca/2015/TobaccoUseinCanada_2015.pdf (en anglais seulement).