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Le nombre de visites à l’hôpital en raison d’épisodes d’exacerbation aiguë de MPOC chute à la suite de la formation fournie aux patients, aux fournisseurs de soins de santé et à la collectivité par l’Hôpital Joseph Brant

par Nadine Morris | avr. 13, 2017
Au début d’octobre 2015 (seulement trois mois après le début du programme), 80 % des patients ont indiqué avoir vécu une expérience positive et obtenu des soins mieux administrés.

 

Le défi

Au Canada, environ 800 000 personnes sont atteintes de la maladie pulmonaire obstructive chronique (MPOC), une maladie évolutive qui se caractérise par une sensation d’essoufflement débilitante. Ces personnes figurent parmi les plus grands utilisateurs des ressources hospitalières. De toutes les maladies chroniques, la MPOC est celle qui entraîne le plus d’hospitalisations, de retours à l’urgence et de réadmissions à l’hôpital. Souvent, les patients doivent obtenir des soins à l’urgence pour le traitement de leur maladie chronique, car les soins appropriés ne sont pas offerts dans la collectivité. La situation devrait s’aggraver puisqu’un Canadien sur quatre devrait développer la maladie au cours de sa vie.

En 2014, la Fondation canadienne pour l’amélioration des services de santé (FCASS) s’est associée à Boehringer Ingelheim (Canada) Ltée dans le cadre de l’Approche INSPIRED de la MPOC, un projet collaboratif d’amélioration de la qualité pancanadien qui fournit du financement, de la formation, de l’encadrement et des ressources à un réseau de 19 équipes interprofessionnelles en soins de santé partout au Canada. Dans le cadre de ce projet collaboratif, les équipes ont adapté, adopté et évalué le Programme INSPIRED de sensibilisation à la MPOCMC, une approche coordonnée et proactive visant à améliorer les soins offerts aux personnes atteintes de la MPOC et à soutenir les soignants.

Le Programme INSPIRED de sensibilisation à la MPOCMC a été conçu par le Dr Graeme Rocker, pneumologue, et son équipe de la Régie régionale de la santé Capital (maintenant appelée Nova Scotia Health Authority) d’Halifax. La FCASS a entrepris de faire connaître cette approche complète des soins de la MPOC partout au Canada.


En 2013-2014, 27 % des patients atteints de la MPOC ont été réadmis à l’Hôpital Joseph Brant dans les 30 jours suivant leur congé.


L’Hôpital Joseph Brant de Burlington est situé dans une région où vivent un nombre considérable de personnes âgées et où les épisodes graves de MPOC (« exacerbation aiguë ») arrivent au troisième rang des causes d’admission à l’hôpital. En 2013-2014, 27 % des patients atteints de la MPOC ont été réadmis à l’Hôpital Joseph Brant dans les 30 jours suivant leur congé.

L’équipe de l’Hôpital Joseph Brant était l’une des 19 équipes à s’être jointes au projet collaboratif. La direction de l’hôpital a reconnu qu’une meilleure planification après un congé pouvait favoriser la transition vers la maison, assurer une gestion optimale des soins de santé et réduire la fréquence des visites à l’urgence et des réadmissions à l’hôpital.

L’équipe compte les membres suivants : Lily Spanjevic, infirmière clinicienne spécialisée; Melanie Potvin, chef de projet; Kathy Theroux, infirmière autorisée et spécialiste en MPOC; Jennifer Kemp, thérapeute respiratoire de VitalAire; le Dr Patrick Killorn, pneumologue; Dale Massender, clinicien spécialiste en services psychosociaux, en soutien spirituel et en deuil, Centre d’accès aux soins communautaires de Hamilton Niagara Haldimand Brant.

Lorsque l’hôpital s’est associé à la FCASS pour mettre en œuvre l’Approche INSPIRED, elle voulait réduire, chez les participants, les taux de réadmission et la durée des séjours à l’hôpital de 5 %, et le nombre de visites à l’urgence de 10 %.

Ces objectifs seraient principalement atteints en améliorant les connaissances des patients et des fournisseurs sur la MPOC, ce qui améliorerait les soins, l’expérience des patients, la navigation à travers le système de santé et l’auto-prise en charge des patients.

La Solution

Les équipes du projet collaboratif INSPIRED ont sélectionné des patients qui sont allés à l’urgence ou qui ont été hospitalisés pour une MPOC avancée. Elles leur ont proposé un programme de soutien qui consistait à fournir un plan d’action écrit pour mieux gérer leur maladie, à téléphoner après le congé de l’hôpital, à donner un soutien psychosocial et des outils d’auto-prise en charge à domicile et à offrir au besoin des services de planification préalable des soins. Elles leur ont aussi donné un numéro de téléphone à composer en cas de besoin.

L’hôpital a passé les six premiers mois du projet de 18 mois, qui a débuté en septembre 2014, à former une équipe pour mener le projet et à mobiliser les intervenants. Appuyé par le projet collaboratif d’amélioration de la qualité de la FCASS, le personnel de l’hôpital a pris connaissance du programme INSPIRED, qui comprend le programme éducatif Mieux vivre avec une MPOC. L’hôpital a également engagé un spécialiste de la MPOC pour qu’il renseigne les patients, le personnel de l’hôpital, les médecins et les partenaires communautaires sur l’Approche INSPIRED de la MPOC.

Le spécialiste de la MPOC a fait appel à la communauté et organisé des séances individuelles pour expliquer le programme INSPIRED à 85 médecins de premier recours locaux. Puisqu’un nombre considérable de personnes atteintes de la MPOC de la circonscription hospitalière de l’hôpital vivaient dans des maisons de retraite, le spécialiste a également organisé des séances destinées au personnel des maisons de retraite afin de les former sur la MPOC, par exemple pour leur montrer comment aider un résident à utiliser un inhalateur et leur indiquer à quel moment une aide médicale serait requise.

Le premier patient a été inscrit au début de mars 2015, et 41 personnes avaient été inscrites en septembre 2015. « Elles devaient avoir un diagnostic de MPOC modérée à grave et accepter que quelqu’un leur rende visite à la maison, explique Lily Spanjevic, chef clinique. Une personne à ce stade de MPOC pourrait être plutôt affaiblie sans les connaissances et le soutien adéquat. » Par exemple, ces patients sont souvent essoufflés et fatigués après avoir marché sur une distance d’environ 90 mètres sur un sol plat, ce qui mène à une diminution de l’activité, de la vie sociale et de la qualité de vie.

Même si tous les membres de la cohorte n’étaient pas prêts à gérer activement leur maladie, l’équipe a cru qu’ils finiraient par « accepter un plan d’action, ce qui réduirait leur anxiété et celle de leur famille. L’objectif principal était de les aider à un niveau qu’ils estimaient acceptable ». Un plan d’action aide les patients à comprendre leurs symptômes, à être conscients des changements dans leur état de santé et à prendre les mesures adéquates à ce moment (p. ex., prendre des antibiotiques ou appeler le 911).

La moyenne d’âge des participants était de 76 ans, la cohorte comptait un peu plus de femmes que d’hommes et environ 30 % se considéraient comme des fumeurs actifs.

Il fallait confirmer le diagnostic de MPOC des participants. Pour ce faire, nous avons utilisé divers indicateurs d’analyse; une spirométrie ou une évaluation de la fonction pulmonaire a été effectuée (le cas échéant) pour ceux qui n’avaient pas eu de diagnostic. De plus, les patients devaient avoir été admis à l’hôpital plus d’une fois au cours de la dernière année, avoir été admis aux soins intensifs ou s’être rendus fréquemment à l’urgence en raison d’une exacerbation aiguë de leur MPOC.

Les participants ont été formés à l’hôpital et à la maison par un spécialiste en MPOC. Les thérapeutes respiratoires et d’autres membres de l’équipe ont également effectué des visites à domicile, dans le cadre desquelles les médicaments des participants ont été vérifiés. Les participants les plus à risque (p. ex., ceux qui vivaient seuls ou qui étaient confinés à la maison) ont reçu plusieurs visites, et ils pouvaient communiquer avec l’équipe de soutien par téléphone pendant les heures de travail. Un programme d’abandon du tabac a été offert aux participants.


Au début d’octobre 2015 (seulement trois mois après le début du programme), 80 % des patients ont indiqué avoir vécu une expérience positive et obtenu des soins mieux administrés.


Les résultats

Au début d’octobre 2015 (seulement trois mois après le début du programme), 80 % des patients ont indiqué avoir vécu une expérience positive et obtenu des soins mieux administrés. Grâce au plan d’action, ils ont appris dans quelles circonstances ils pouvaient se prendre en charge et ainsi éviter des visites inutiles à l’hôpital. À l’aide d’un thérapeute respiratoire, certains participants ont été en mesure de se sevrer de l’oxygène supplémentaire et de retrouver une plus grande mobilité.


« Avant de participer au programme INSPIRED, j’avais perdu tout espoir de réussir à gérer mes symptômes de MPOC, mais l’équipe INSPIRED m’a aidé à reprendre les rênes […] Ma famille n’en revient pas du changement qui s’est opéré en moi! »


Tom fumait depuis 43 ans et avait fréquenté l’urgence avant de s’inscrire au programme INSPIRED. Il a créé un plan d’action, a cessé de fumer (après qu’on lui ait recommandé un programme d’abandon du tabac financé par le gouvernement) et a participé au programme Breathe Easy du groupe de promotion du mieux- être de l’hôpital. Aujourd’hui, il coanime le groupe et ne s’est pas présenté de nouveau à l’urgence.

« Avant de participer au programme INSPIRED, j’avais perdu tout espoir de réussir à gérer mes symptômes de MPOC, mais l’équipe INSPIRED m’a aidé à reprendre les rênes […] Ma famille n’en revient pas du changement qui s’est opéré en moi! »

Aucune réadmission non planifiée à l’hôpital n’a eu lieu parmi les participants, et le séjour de ceux qui y ont été admis a été plus court (moyenne de 5,7 jours, comparativement à 7,5 jours avant le début du programme). Le programme continue de donner des résultats très positifs pour les patients et le système de santé.

Diffusion et durabilité

Depuis qu’un spécialiste de la MPOC travaille auprès des médecins de premier recours de la région, un plus grand nombre d’entre eux participent activement à la gestion des patients atteints de la MPOC, notamment au moyen de discussions et de plans d’action.

Environ 82 % des gens se présentant à l’hôpital avec une MPOC modérée à grave se sont inscrits au programme INSPIRED. En juillet 2016, 76 personnes avaient été inscrites. Parmi les 76 participants, 12 sont décédés dans le respect de leurs volontés de fin de vie; la plupart d’entre eux étaient alors à la maison ou dans la communauté. Puisque les 12 participants avaient effectué une planification préalable des soins, leurs familles ont indiqué que leur proche avait vécu « moins d’anxiété et qu’elles étaient convaincues que ses volontés avaient été respectées », a indiqué Mme Spanjevic.

En conséquence de l’initiative appuyée par la FCASS, le personnel de l’hôpital a obtenu des diagnostics plus rapidement, et il a été en mesure d’entreprendre la formation et les soins appropriés plus vite. Ceci s’explique par les changements apportés au système de consignation au dossier de l’hôpital et à l’amélioration de l’accès à la spirométrie (une évaluation de la fonction pulmonaire). Après la fin d’un épisode d’essoufflement aigu, les patients qui n’avaient pas encore eu de diagnostic de MPOC ont été évalués.

Le programme de gestion de la MPOC de l’Hôpital Joseph Brant a été amélioré depuis grâce à un projet élargi du réseau local d’intégration des services de santé (RLISS), visant des soins de santé intégrés pour la MPOC et l’insuffisance cardiaque congestive. Ce programme complète le programme INSPIRED en offrant un soutien aux patients qui ne répondent pas aux critères (p. ex., qui n’ont pas reçu de diagnostic de MPOC modérée à grave), mais qui bénéficient d’un soutien continu au sein de la collectivité pour gérer leur MPOC ou d’autres maladies chroniques.

La combinaison des programmes fait une différence dans le système de santé en améliorant l’expérience pour les patients et l’accès aux soins et en augmentant la capacité du système. Il s’agit d’avancées importantes qui s’alignent sur le plan Priorité aux patients : Plan d’action en matière de soins de santé du ministère de la Santé et des Soins de longue durée de l’Ontario.

Selon une équipe de soins à domicile d’Edmonton, l’éducation sur la MPOC et le soutien communautaire des clients constituent un combat qui mérite d’être mené

Parmi les équipes ayant participé au projet, seule celle du programme de soins continus à domicile de SSA à Edmonton s’est attaquée au problème à partir de la collectivité et s’est concentrée sur les clients qui sont souvent confinés chez eux en raison de leur essoufflement.

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