Aimons-nous trop notre système de soins de santé?

par Nadine Morris Maureen O’Neil, présidente, FCASS | 03 janv., 2018 | 03 janv., 2018
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(Cette publication est une version modifiée du discours prononcé lors d’une conférence sur la santé organisée par The Walrus Talks, le 28 novembre 2017.)

Les Canadiens aiment trop leur assurance maladie. Deux fois plus que le hockey. Trois fois plus que la Reine. En raison de ses convictions et de son courage politique l’ayant poussé à supprimer l’obstacle du revenu pour l’accès aux services de santé, Tommy Douglas est le plus grand Canadien de tous les temps.

Les Canadiens regardent au sud et poussent un soupir de soulagement; ici, nous n’avons pas des millions de citoyens sans couverture médicale. Notre amour de l’assurance maladie et sa valeur emblématique dans notre mythologie nationale nous empêchent d’effectuer les améliorations nécessaires. Son statut élevé a figé dans le temps la manière dont nous organisons les services, les fournisseurs de soins de santé et les types de services couverts. En comparaison avec les autres pays développés, le système de soins de santé canadien se place en dernière position pour ce qui est du temps d’attente pour obtenir un rendez-vous avec un spécialiste.

Pourquoi est-il si difficile de changer?

Revenons aux années 1950 quand Tommy Douglas était à la tête du gouvernement de la Fédération du commonwealth coopératif (FCC) qui s’était donné comme mission de repenser le système de santé. La Saskatchewan souhaitait établir de bonnes relations entre les omnipraticiens et les spécialistes de la santé publique et des services sociaux. On parlait même à l’époque de conseils communautaires pour assurer une transmission de l’information aux patients et à leur communauté. Malheureusement, une élection se préparait. Le gouvernement Tommy Douglas avait peur de faire échouer une réforme essentielle s’il essayait de vendre l’idée d’une toute nouvelle approche. À la place, le conseil des ministres s’est entendu pour que le gouvernement rende la couverture médicale accessible à tous afin qu’il ne soit pas nécessaire de payer pour des visites chez le médecin (le gouvernement de Tommy Douglas avait déjà assuré les soins hospitaliers en 1947). Le rêve de créer un continuum de soins a dû être mis de côté. Le gouvernement s’est finalement entendu sur un système payant, mais ce n’était pas le système de soins de santé intégré auquel on aspirait. Même si les revenus de la population n’étaient plus un obstacle aux soins médicaux, les frais de consultation de dentistes, physiothérapeutes et psychologues ou les frais de médicaments n’étaient pas couverts. Lorsqu’en 1966, le gouvernement fédéral lance l’assurance maladie, toutes les provinces adoptent finalement le compromis de la Saskatchewan. Les assurances privées proposées par les employeurs, particulièrement les grandes entreprises, s’occupaient d’offrir une couverture pour les services non couverts par l’assurance maladie. Malheureusement, au moins 30 % des Canadiens n’en bénéficiaient pas et n’en bénéficient toujours pas aujourd’hui. Tout comme leurs voisins américains, ils doivent payer pour les services de santé et les médicaments. En revanche, le système de santé des pays européens est bien différent. C’est l’une des raisons principales pour lesquelles nous sommes si mal positionnés dans les comparaisons internationales.

Le fait de n’être couverts que pour les visites médicales n’est pas efficace, ni même réellement approprié. C’est inefficace de ne pas couvrir les frais de médicaments, d’avoir un accès inégal aux soins à domicile et aux foyers de soins et de rendre difficile l’accès à un psychologue ou à un physiothérapeute.

On ne peut pas parler de bon système de santé quand des personnes avec des problèmes de santé mentale ou de dépendances doivent attendre des mois avant de recevoir un traitement, à moins qu’une crise grave ne survienne.

Il est possible, ou du moins probable que, parce que nous aimons tant notre assurance maladie, toute modification à ce système ait un prix important. La plupart des gouvernements sont réticents à l’idée d’avouer aux citoyens que notre système comporte des problèmes, que nous pourrions faire mieux et qu’il y a beaucoup de place pour l’innovation et l’amélioration. Si nous continuons ainsi, avec près de 40 % du budget de programme de chaque province dépensé dans les services de santé, nous manquerons bientôt de soutien au revenu, d’écoles, de logements, de services sociaux – autant de composantes essentielles à une bonne santé. Curieusement, il y a très peu de discussions à savoir pourquoi notre système de santé est moins efficace que celui des Néerlandais, par exemple.

Les provinces ont tenté d’améliorer les services de santé en mettant sur pied des structures de gestion régionales (comme le réseau local d’intégration des services de santé en Ontario), en offrant diverses mesures incitatives financières aux médecins et en s’alliant aux Instituts de recherche en santé du Canada pour soutenir la recherche axée sur les patients.

Jusqu’à maintenant, nous avons eu peu de succès dans l’amélioration du rendement. Nous sommes toujours en bas du classement.

La révolution des technologies est en mesure de nous donner – à nous, les citoyens et patients – plus de contrôle sur la gestion de notre propre santé. Est-ce que quelqu’un ici est un compteur de pas compulsif? Tout est (presque) possible... Les suivis postopératoires de l’Institut de cardiologie de l’Université d’Ottawa en sont un bon exemple. En revanche, recevez-vous des courriels de rendez-vous avec votre médecin de famille? Pas vraiment. Chaque innovation à laquelle vous pensez est déjà en application quelque part dans le monde. Nous devons amener ces innovations au Canada, les essayer ici, développer nos propres innovations et modifier les lois pour nous adapter si nécessaire. Le service Champlain BASEMC eConsult (Accroître l’accès aux spécialistes par la voie de la consultation électronique), tout comme le programme RACE (programme d’accès rapide à une consultation fondée sur l’expertise) – deux innovations canadiennes, permettent aux médecins de famille d’accéder beaucoup plus rapidement à des spécialistes. Les patients n’ont plus à attendre des mois pour consulter un spécialiste puisque ces derniers sont plus disponibles. En effet, les omnipraticiens ne dirigent maintenant que de 30 à 40 % des cas à un spécialiste. Cette plus grande disponibilité des spécialistes sera particulièrement bénéfique pour les gens vivant dans les régions rurales et éloignées du pays. La FCASS aide les hôpitaux et les organismes de santé à élaborer, à diffuser et à mettre à l’échelle de meilleures façons de prodiguer des soins. Elle travaille avec les médecins, les infirmiers et les administrateurs novateurs pour, entre autres, réduire le recours inapproprié aux antipsychotiques chez les personnes atteintes de démence dans les foyers de soins, offrir des soins à domicile aux personnes atteintes d’une maladie pulmonaire obstructive chronique à un stade avancé et diffuser l’innovation des docteures Liddy et Keely. Le résultat? De meilleurs soins, moins coûteux que le maintien du statu quo.

Quelle recommandation ferais-je aux responsables de notre bien-aimée mais peu efficace assurance maladie?

Permettons aux provinces de s’échanger leur savoir. Soutenons la mise en œuvre des meilleures idées des médecins, des infirmiers et d’autres fournisseurs de soins dans les communautés pour favoriser un changement positif.

Intégrons l’élargissement de la couverture des services de santé au programme. Osons avoir recours à des fournisseurs issus du secteur privé et public, et d’organismes à but lucratif et sans but lucratif tout en veillant à ce que les revenus des patients n’entravent pas leur accès aux services.

Mettons les patients et les familles au centre de la prestation des services. C’est là que nous devons intervenir. Mettons fin à l’amour inconditionnel que nous portons au système. Nous devrions pouvoir profiter de la qualité de soins de santé pour laquelle Tommy Douglas s’est tant battu. Après presque 60 ans, n’est-il pas grand temps de passer à l’action?


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  2. 23 févr., 2018 | test
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